La Libération
Saint-Hilaire, cité-martyre, a été libérée le 2 août, après de brefs combats dont les péripéties sont cependant nettement moins bien connues que les bombardements du 14 juin. On va y retrouver comme au chapitre précédent, une forte imbrication avec les actions de résistance locale.
Dès le 2 août, le postier Louis Launay, de Milly, rattaché au groupe de Saint-Hilaire avait pris contact avec les troupes américaines signalées entre Saint-Hilaire et Mortain, et commençait à assurer une tâche de guide entre Saint-Hilaire et Barenton. Mais il faut, pour bien comprendre la situation, se placer du point de vue de l’armée US.
Le 1er août, au lendemain de la chute d’Avranches, et de l’entrée en action de l’armée Patton, le général Mac Lain, Commandant de la 90ème division avait reçu l’ordre de s’emparer d’urgence de Saint-Hilaire. Il s’agissait, dans l’esprit des libérateurs, d’élargir la tête de pont et de bloquer toute contre-attaque venant de l’Est.
Cette 90ème division appartenait au 15ème corps du général Haislip, avait failli être dissoute peu de temps auparavant du fait de son manque d’entraînement et donc d’efficacité lors de la bataille des haies autour de St Lô. Dans la nuit du 1er à 23 heures, un groupement aux ordres du lieutenant-colonel Randolph quitta les alentours d’Avranches et se dirigea vers Saint-Hilaire par les routes secondaires et un itinéraire St-Loup, Montgothier, Paindavaine, Isigny. Il anéantit lors de cette avance nocturne quelques petites arrières gardes ennemies entre Marcilly et Montgothier.
Le 2 août, dans la matinée, ils arrivèrent aux abords de Saint-Hilaire côté ouest à la jonction des routes
d’Avranches et de Brécey, près du pont de la Paveille, détruit par plusieurs bombardements alliés. Prudents, les Américains s’enterrèrent et positionnèrent leur artillerie. Puis, ils firent
avancer précautionneusement des fantassins et des chars légers… aussitôt pris à partie par un canon de 37 et une mitrailleuse Allemande commandés par trois " Felgraus ", cachés par
d
es sacs de terre face à la vitrine du " Glaneur de la Manche ", maintenant
" Crédit Mutuel ". Cet avant-poste était en liaison avec un groupe d’une quinzaine de fantassins de la 77ème division postés à l’est, rue de Paris, dans la cour de la graineterie
Durand-Duhamel, maintenant Royer. L’officier qui commandait ces deux groupes fut blessé au cours d’une liaison motocycliste.
Tous les témoignages font état de la confusion qui s’était établie dans la nuit. M. et Mme Emile Thoury restés dans leur maison aux Isles pendant tous les événements ont noté " il semble qu’il y avait eu des combats de l’autre côté de la route car il a été trouvé de nombreuses douilles allemandes le long du chemin qui va vers le champ de courses. Au petit matin, on a vu des soldats américains sur la route, et d’autres, en éventail, dans les champs qui avançaient prudemment ".
M. et Mme Bodin à la Goberie qui avaient aussi d’autres réfugiés dont la famille Anger, couchant dans des tranchées à peu de distance de la maison : " la veille, un poste d’artillerie était installé de l’autre côté de la route avec bien 200 allemands campant autour. Vers 2h du matin le 2, ils sont partis précipitamment vers St Symphorien des Monts. A 5 heures du matin, encore 5 allemands venant par les champs sont entrés nous demandant la route de Paris et sont partis comme ils étaient venus ! Vers 7 h des réfugiés couchant dans un chemin creux à côté ont aperçu les premiers américains. Ils étaient 5 ou 6 qui ne se sont arrêtés chez nous que quelques minutes. Les petits groupes se sont ainsi succédés jusque vers 10h, où des motocyclistes sont venus installer un poste téléphonique. Puis à 11h30 un groupe d’officiers dont un colonel. Quelques convois sont passés dans l’après-midi, puis un poste de secours qui donna les premiers soins à une vingtaine de blessés avant de se replier à 17 h. Le lendemain 3 août, des convois sont passés sans arrêt, et une batterie de DCA a été installée ".
René Besnier, qui était chauffeur chez Tostivint, transportait les colis et messages pour la Résistance, sans participer aux " coups durs ", mais avait finalement intégré à partir de janvier 44 le groupe Blouet, et c’est au Petit Jésus qu’il a vu arriver vers 7 h 30 un premier groupe de 2-3 voitures US " il est allé jusqu’à la Paveille, puis il est revenu vers 10h 30 indiquer à un convoi plus important qu’il pouvait avancer, et il s’est installé ensuite au champ de courses vers midi ".
Georges Venisse est sans doute le premier civil qui a vu les Américains dans leur prudent encerclement de la ville, cette fois à l’Ouest " vers 7h30, peut-être même avant cela, une vingtaine de fantassins qui arrivaient par la ligne de chemin de fer, près de la Croix-Planté. J’ai pris la position mains en l’air, et échangé quelques mots avec eux, et ils m’ont donné des cigarettes. Puis je suis parti en courant prévenir le groupe Cheval. Tout le monde a accouru, les fermiers des environs aussi, pour aller au carrefour de la Croix Planté où venaient d’arriver des Jeeps et véhicules légers. C’est seulement à 16 h que je me suis rendu à Saint-Hilaire ".
C’est en fin de matinée que le résistant André Cheval à ce moment sur Virey, envoya une rafale à un motocycliste allemand qu’il rata avant d’apercevoir les Américains qu’il conduisit sur le chemin de la Blutière d’où l’on domine la ville de Saint-Hilaire " ils cherchaient à gagner la ville par le pont de Virey, mais il y avait des tireurs embusqués sur la hauteur qui domine la décharge publique ou plutôt le village de la Motte. Ils sont retournés en arrière pour passer par la Paveille. Il y avait un campement américain, installé au champ de courses, caché sous les arbres. Et au carrefour central des traces de combat et un cadavre allemand près de l’immeuble du Glaneur ". Est-ce le même motocycliste signalé par M. Boulay ? Ce dernier avait aperçu les premiers Gi’s entre 10 et 11 h qui arrivaient à la Besnardière et coupaient la route en creusant une tranchée, la suite est plus extraordinaire " vers 15 h j’ai vu un officier allemand en moto et en casquette venant de Mortain qui est venu à Parigny près de la mairie à moins de 200 m des Américains, et sans plus s’affoler il a fait demi-tour sans se douter qu’à la Datinière arrivait en face une Jeep venant du Petit Jésus et allant vers Saint-Hilaire. Les Américains ont tiré en l’air, l’Allemand a sauté de sa moto et s’est sauvé dans la campagne où il a été abattu. Les Américains ont chargé le corps dans la Jeep. Mais vers 15 h 30 j’ai encore vu 5 Allemands venant du moulin de Parigny tenter d’incendier du matériel abandonné chez M. Gesbert, en face de la chasse du château ".
Les Américains, que l’on avait vus arrêtés vers 10 h par le " bouchon " du carrefour central s’étaient en effet relancés en début d’après-midi, entre 14 h et 15 h tuant l’un des servants du canon de 37 que l’on vient de voir observé par André Cheval. Ils avaient ensuite gagné le centre ville par la rue d’Égypte, les Pare-Balles, le Pont-Rouge, longeant les rives des deux rivières de Sélune et d’Airon qui encerclent la ville.
A 17 h, des combats sporadiques, liés à la résistance du petit groupe de réserve que les Allemands avaient laissé près du cimetière, et soutenus par une batterie de 88 tirant à partir du Douet-Allan amenaient encore des destructions à une ville déjà durement touchée par les bombardements. Vers 23 h, il y eut une violente fusillade aux villages de la " Fosse aux Loups " et des " Routils " en Saint-Hilaire et de " Lugerais " en Lapenty, les derniers postes Allemands furent enlevés au cours de violents combats au corps à corps.
Les sapeurs-pompiers Fredet et Joubin, les gendarmes Poullain et Leroy, aidés de Mme Plançon participent, selon les procès-verbaux de l’époque, " à la lutte contre l’incendie de l’atelier Charlot, rue de la Pêcherie qui prend des proportions importantes et menace de s’étendre à tout le quartier ". Au crépuscule du 2, la ville était libérée, comme en témoigne Gaston Esnault. " j’ai vu les premiers américains vers 15 h, deux officiers qui consultaient une carte rue de Paris aux environs du cimetière, et plus tard route de Savigny près de la maison Carnet ".
Paul Blondel, jeune réfugié à Virey des bombardements de Coutances qui avait été un des premiers à rencontrer les Américains à la Croix Planté atteste lui aussi 8 h 30 ou 8 h 45, et décrit l’étonnement du premier contact " le fantassin débouchait avec beaucoup de précautions d’une haie. Nous courons vers lui, surprise, il parlait Français comme vous et moi ! Quel équipement, léger, avec un sac bien différent du barda du soldat français de 40, et même un téléphone (en fait une petite radio) portatif qui lui permit d’appeler des camarades restés sur la petite route de Naftel ". Il se souvient aussi de sa première descente à Saint-Hilaire le soir à 18 h " notre premier arrêt fut pour Emile Thoury, resté à son domicile depuis le 6 juin. A chaque passage nous arrêtions, et il fut heureux de nous dire : c’est des gars du Texas ! A Saint-Hilaire, il était interdit d’aller rue de Paris. Les Allemands étaient encore en soirée à Laumondais que déjà, les camions américains défilaient sur deux rangs sur la route de Fougères ".
Le lendemain 3 août en effet, peu après minuit, le général Mac Lain recevait l’ordre du général Haislep de partir ainsi que les groupements Randolph et Clark, d’allonger le front de 12 kms vers Fougères pour occuper Louvigné du Désert, et surtout tendre la main à la 79ème division US, et d'organiser un front défensif sur la Sélune face aux forces allemandes invaincues à l’Est, sage précaution qui se justifiera quelques jours plus tard avec la bataille de Mortain.
Le capitaine Philipp
Lewis qui fut un des officiers qui libéra la ville, donnait le 4 à ses parents restés dans l’Indiana un tableau saisissant de la
situation " la ville principale a été sévèrement détruite par les bombardements, et c’est un véritable amas de ruines et de décombres. Je doute qu’il y ait une dizaine de bâtiments encore
debout ". Et sur l’accueil des Français " le samedi après-midi et le dimanche matin, je fis le tour des communes, drôle de voyage réchauffant le cœur et poignant. De la bonne volonté,
du bonheur, de l’espoir, des rires, du soulagement, tout cela était conjugué ".
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