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Samedi 1 juillet 2006

  

LE LIVRE "ST HILAIRE AU FIL DU TEMPS DE 1083 A NOS JOURS"

 EST PARU 

CE LIVRE DE 460 PAGES ET 900 PHOTOS EST DISPONIBLE DANS LES LIBRAIRIES ET A L OFFICE DE TOURISME DE TOURISME AU PRIX DE 30 EUROS

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g.dodeman@wanadoo.fr

 

Dans le livre « Saint-Hilaire au fil du temps » à paraître, je développe très largement les sujets suivants : le duel entre Lucien Lelièvre et Gustave Guérin qui va durer 40 ans – l’affaire des pare balles – la séparation de l’église et de l’état l’arrivée des sœurs clarisses - la menace de destruction de la vieille tour – les bouilleurs de cru – la polémique sur la poste etc

 

Dans le livre « Saint-Hilaire au fil du temps » à paraître, je développe très largement les sujets suivants : le duel entre Lucien Lelièvre et Gustave Guérin qui va durer 40 ans – l’affaire des pare balles – la séparation de l’église et de l’état l’arrivée des sœurs clarisses - la menace de destruction de la vieille tour – les bouilleurs de cru – la polémique sur la poste etc

 

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                                     L’HISTOIRE DE LA POSTE

                                             A SAINT-HILAIRE 

 

   C’est au XVIIème siècle qu’un bureau de recette postal est créé à Saint-Hilaire, mais il faudra attendre l’an 1830 pour voir fonctionner un service postal rural. La poste aux lettres  connaît alors un développement considérable, dès lors, l’arrondissement de Saint-Hilaire comprend 26 communes. 

Le premier timbre est émis en janvier 1849, trois ans plus tard, l’administration établit une liste alphabétique des bureaux de postes et distribue à chacun d’eux un cachet oblitérant à chiffres, correspondant au numéro d’ordre. Saint-Hilaire-du-Harcouët reçoit le n° 3114. 

En 1862, une seconde nomenclature reclasse tous les bureaux qui reçoivent un nouveau cachet à chiffres plus grands, Saint-Hilaire-du-Harcouët utilise alors, le n° 3661 jusqu’à la fin mars 1876, date à laque lle le cachet à date le remplace définitivement.

Jusqu’en septembre 1930, le bureau des postes était situé Place St Michel, en haut de la rue d’Avranches, dans un immeuble appartenant à Monsieur Ecolivet, il faudra attendre novembre 1936 après tous les démêlés que nous avons évoqués dans les pages précédentes pour trouver la poste à son emplacement actuel. 

En 1944, la poste ne fut que très peu endommagée par les bombardements, mais elle dut néanmoins déménager provisoirement dans un immeuble appartenant à Mr Feuillet quartier d’Evreu. L’immeuble s’agrandira en 1970 pour faire face à  l’accroissement toujours de plus en plus important du courrier et des colis postaux.

Tout au long du siècle écoulé, la poste a vécu une importante modernisation sur le plan humain et technique.

Souvenons-nous de cette époque où nos braves facteurs assuraient leur service à pied, dans tout le canton, chargés de leurs sacs de cuir, souvent bien lourds. Il fallait être solide pour affronter pluie et neige. Toujours serviables ces braves facteurs on les considérait, on les attendait aussi, ils trouvaient facilement leur nourriture sur leur passage, peut être un peu trop parfois… la fin de tournée était parfois épique, mais on leur pardonnait bien volontiers leur faiblesse devant une telle tache accomplie quotidiennement.

La bicyclette apparue vers 1907-1908 leur apporta un grand soulagement, mais les anciens préféraient souvent continuer leur tournée à pied, se refusant à apprendre à monter « à vélo » il faudra attendre le 15 décembre 1933 pour voir apparaître le premier circuit de poste automobile rurale avec quatre correspondants postaux à Moulines, St Symphorien des Monts, Savigny le Vieux, les Loges Marchis. La plupart du temps le correspondant postal était un petit commerçant de village.

En juin 1952, les communes de Virey, Martigny, Le Mesnillard, Chévreville, Fontenay, la Bazoge dépendant jusqu’alors de Mortain sont rattachées à Saint-Hilaire-du-Harcouët

 Le service des télégraphes fut implanté et mis en service en 1864 à l’Hôtel de Ville, le service téléphonique ne date que de 1909, (en 1913 il y avait 25 abonnés) c’est en 1935 que fut mis en service le téléphone automatique rural. Malgré les nombreuses améliorations apportées tout au long des trente années qui suivirent, le central téléphonique ne donnait plus satisfaction au nombre toujours croissant de ses abonnés. C’est pour cette raison que l’administration des postes jugea opportun de mettre en place en juillet 1960 un standard manuel « multiple », ce nouveau central manuel téléphonique donnait la possibilité d’obtenir une communication plus rapidement que dans le passé et  permettait aux dix téléphonistes d’accomplir leur tache dans de meilleures conditions. Puis ce fut l’automatisation de la zone urbaine en 1971 (345 abonnés pour la cité, et 215 pour la zone rurale), suivie en février 1975 de l’automatisation intégrale  du réseau Saint-Hilairien et du transfert du centre de tri à la Fosse aux Loups en mars 2005.  

 

   Le chapitre précédent nous a montré combien Saint-Hilaire tout d’abord aux alentours de 1830 du fait de la modernisation de l’urbanisme à partir du réaménagement des abords du château puis de son dynamisme commercial, avait pu faire peau neuve. C’est à juste titre qu’Hyppolite Sauvage, à la fin du XIXème siècle pouvait dire que la petite cité était devenue la première de l’arrondissement, devant même son chef-lieu, Mortain. Alors que se lève l’aube du XXème siècle, tout va se conjuguer pour lui donner un plus grand développement encore : sa situation au carrefour des Trois Provinces, la montée en puissance de « l’étoile ferroviaire »  de sa gare, mais surtout l’ex­traordinaire impulsion donnée par son maire, Lucien Lelièvre.   Né le 18 février 1866 dans une famille de modestes commerçants qui tenaient épicerie rue Bergerette, le  destin de Lucien Lelièvre, après son élection (scrutins : 6 et 13 mai 1900, élection le 21) sera intimement lié, en deux carrières strictement parallèles, avec celui de son plus farouche opposant… 40 années durant, Gustave Guérin. Ces deu x personnalités résumant toutes les oppositions et contradictions politiques de l’époque, et de ce côté, Saint-Hilaire connaîtra dans le demi-siècle un étonnant résumé, et presque un   « concentré » de toutes les grandes pulsions qui animeront le pays : conséquences politiques de l’affaire Dreyfus, luttes religieuses, implacables saignées de la Grande Guerre, quelques « affaires » r etentissantes comme celle des Pare Balles, mutations de l’agriculture avec comme point d’orgue les grands mouvements des bouilleurs de cru en 1935, et pour couronner cette vaste liste : un test politique d’envergure nationale deux ans plus tard, enfin la montée des périls avant le désastre de mai-juin 40. Paradoxalement, c’est là, à l’entrée des Allemands dans notre ville, que s’opérera un rapprochement entre les deux hommes, dicté on s’en doute, par les circonstances. Lucien Lelièvre, mourra un an plus tard, Gustave Guérin, qui attendait depuis 40 ans pourra enfin prendre la place de maire, mais pour s’engager sur la voie dangereuse de la collaboration… Lucien Lelièvre s’était très tôt débarrassé de l’épicerie familiale et destiné à la vie politique. Un moment associé à Paris dans une affaire de bronzes d’art, il s’était, aussitôt élu, lancé à fond dans la gestion de la vie municipale, marchepied sans doute vers de plus hautes destinées. Il brigua rapidement (dès 1907) le poste de conseiller général… mais trouva pour la première fois sur sa route Gustave Guérin… qui prit la place ! S’ensuivirent des dizaines d’années de combat incessant, Guérin étant appelé aux plus hautes destinées… autour de Saint-Hilaire comme parlementaire ou au Conseil Général, Lelièvre restant pour sa part, arc-bouté sur sa mairie. Sa gestion entreprenante et hardie des problèmes communaux, tout autant que son caractère autoritaire voire cassant lui valurent de solides inimitiés.

Lucien Lelièvre avec ses idées même très modérément laïques, ne put jamais viser plus haut que sa ville où ses qualités d’administrateur l’assuraient à elles seules de réélections certes confortables, mais occasionnaient ensuite des luttes épiques avec son opposition cléricale emmenée par Gustave Guérin. On était, dans cette période, « pour ou contre », et guère de place pour les modérés de tous bords. C’est d’ailleurs sur ces idées de la Droite la plus réactionnaire, que ce pharmacien, installé rue Waldeck Rousseau fit ensuite toute sa carrière. Conseiller municipal depuis 1900, ayant arrêté net les ambitions de Lelièvre en 1907 (et jusqu’en 1940) comme conseiller général, il fut élu député pour la première fois le 16 novembre 1919 sur la Liste d’Union Républicaine, puis réélu régulièrement (11 mai 1924, 22 avril 1928, 1er mai 1932 et 26 avril 1936) comme candidat officiel de la Fédération Républicaine. Son activité au Palais Bourbon porta sur des questions commerciales (il combattit la taxation des farines) et, point de passage quasi obligé pour un parlementaire de l’Ouest, sur l’épineux problème des bouilleurs de cru.
 

Lucien Lelièvre était encore maire quand les Allemands arrivèrent à Saint-Hilaire, clin d’œil de l’Histoire, le 18 juin 1940, et sans trop faire de concessions à l’occupant comme le veut l’anecdote qui l’opposa peu avant de s’éteindre, victime d’une crise cardiaque (31 mai 1941) à un jeune médecin allemand qui voulait réquisitionner l’hôpital. « J’ai 73 ans, vous savez et je n’ai jamais obéi à personne » dit-il à l’occupant qui lui rétorqua « d’accord j’ai compris » avant de rendre l’établissement à sa vocation première d’asile de vieux, quelques semaines plus tard. 

Gustave Guérin lui succéda donc le 18 juin 1941, mais pour entraîner la municipalité dans la voie du compromis avec les Allemands, et donc du déshonneur de la collaboration, bien qu’il n’ait pas pris part au vote comme sénateur le 10 juillet 1940 au congrès de Vichy. Destitué le 10 février 1944, il est décédé le 10 février 1949.  

 

 

Par Georges DODEMAN - Publié dans : over.bog.com
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Mercredi 28 juin 2006

Dans le XXème siècle, l'épisode tragique des bombardements avec ses 35 victimes civiles, ses destructions importantes, a un peu occulté d'autres moments historiquement importants de l'histoire locale de Saint-Hilaire, comme les actions de Résistance ou les combats de la Libération. A la citation de la ville à l'ordre du corps d'armée par Max Lejeune, secrétaire d’État aux Forces Armées le 31 mai 1948 qui résume bien ces « années noires », il convient d'ajouter celle que fit le préfet Lebas lors de sa visite d'adieux à la cité martyre en mai 1976 : « …Cette ville de Saint-Hilaire, pour moi, préfet de la Libération, incarne plus particulièrement l'esprit de la Résistance, car c'est dans cette région que je rencontrais pour la première fois dans le département la Résistance armée ». Pour comprendre cette époque, il faut revenir à 1939, et à la situation de la ville dans un contexte général, habituellement résumé par les historiens so us l'appellation évocatrice de « montée des périls ». Une notion certes générale, mais dont on va voir qu'une petite ville de province n'était pas exempte d'être touchée par les conséquences d’événements, à priori, pour elle bien lointains. 

On a vu au chapitre précédent que les années d’avant-guerre furent assez mouvementées au plan politique. Il y eut bien sûr, une déclinaison locale des événements nationaux, des mouvements sociaux importants, et particulièrement ici, des conséquences des mutations considérables de la sociologie rurale dont le mouvement « bouilleurs de cru » ne fut que le plus évident. Curieusement, les affres d'une situation internationale tendue et complexe firent alors irruption dans notre petite ville dès le milieu de l'année 1939 avec l'arrivée des réfugiés espagnols, mobilisant les débats du conseil municipal, avant que celle des réfugiés du Nord prennent ensuite le relais jusqu'au fatidique juin 40. En fait, on s'attendait à des familles entières là où il y eut surtout des miliciens isolés, ce dont se félicitait d'ailleurs la mère supérieure, disposant ainsi de bras supplémentaires pour les nombreuses corvées afférentes à la marche de son établissement. Par contre, la rumeur publique stigmatisait déjà certaines jeunes filles qui s'en allaient le dimanche danser avec ces étrangers. On verra plus loin, et un peu plus tard qu'il en sera de même avec d'autres « touristes » moins pacifiques habillés de feldgrau… 

Mais revenons quelques mois en arrière. Saint-Hilaire avait appris comme beaucoup la déclaration de guerre par la radio et les journaux, mais surtout par le tocsin. La population, comme en 14, avait accompagné les premiers mobilisés et les épouses en larmes à la gare où ils prenaient le train pour rejoindre leurs garnisons avec les mêmes cris que leurs pères : « on les aura » ! 

Avec le recul du temps, alternant parfois gravité et dérisoire, la « drôle de guerre » rappelait aux plus anciens les affres de l'autre, la « Grande Guerre », avec son train de restrictions. Elle suscitait l'émotion sur le sort des conscrits (400 mobilisés sur la ville), la renaissance d'un sentiment national mis à mal par les grands conflits sociaux de 36, et une société finalement en pleine mutation. 

Juin 40 vint mettre les pendules… à l'heure allemande ! « Ils arrivèrent par la rue d'Avranches, un jour de pluie, c'étaient de grands gaillards, bien équipés, uniformes impeccables, bottes de cuir, alors que nous, nous en étions encore aux brodequins. Ils se dirigèrent immédiatement vers la mairie. Les bureaux étaient en haut, et pour y accéder on devait monter plusieurs marches au-dessus du sous-sol où était entreposé le matériel des pompiers. M. Lelièvre, maire les attendait sur le perron, et un commandant allemand vint lui parler. La troupe remonta la rue de Paris, puis ils firent quelques concerts sur la place ». Peu de temps après, une grosse colonne motorisée de la Wehrmacht traversa Saint-Hilaire venant de Bretagne et partant vers le pont de la Paveille. Quelques Saint-Hilairiens regardaient ce défilé avec curiosité, il n'y eut pas d'incidents. Les premiers contacts furent froids, mais les gens furent assez surpris par la discipline de l'occupant  « … on sentait qu'ils avaient reçu, de leurs officiers, des directives pour être bien admis de la population

Dans un premier temps, le contact avec le troupier de base qu'il fallait héberger (souvent par deux) ménagea quelques surprises. On vit des soldats se précipiter sur les œufs et de gigantesques omelettes qu'ils ingurgitaient en quantités impressionnantes, et la découverte du Calvados (souvent appelé « Kognac ») finit par alarmer le commandement… Beaucoup demandaient aussi des cartes du « kanal » pour s'enquérir de son étendue, semblant persuadés que la conquête de l'Angleterre serait rapide, et la guerre vite terminée. 

Tous ces préparatifs militaires dans le cadre de l'opération « Seelöwe » impliquaient des mesures de camouflage draconiennes. Les rares autos, et surtout les vélos n'étaient pourvus que de faibles lueurs, le couvre-feu étant établi de 21 h à 6 h du matin, et contrôlé par de nombreuses patrouilles. Les contrevenants étant convoqués et sévèrement tancés à la Kommandantur qui siégeait à la mairie. Pour se persuader de toute la rigueur de la discipline allemande, les Saint-Hilairiens n'eurent d'ailleurs pas longtemps à attendre quand, à la fin de l'été, des soldats punis, au retour d'une marche harassante, rue de Mortain, furent  impitoyablement cravachés par leurs officiers ! 

La vie s'organisa donc cahin-caha dans les difficultés liées aux restrictions qui avaient, en fait, commencé dès la déclaration de guerre le 3 septembre 1939. Avec les premières semaines de l’occupation s'institua la présence permanente des files d'attente devant les magasins avec cartes et tickets d'alimentation, la pénurie s’accrut et le « système D » se développa. Les « années noires » si bien décrites par le « Journal » de l'écrivain fougerais Jean Guéhenno accentuèrent alors l'écart ville-campagne, sciemment entretenu ensuite par le régime de Vichy. Les zones rurales, encore bien approvisionnées retrouvaient un nouvel intérêt.  

 Saint-Hilaire, carrefour commercial du Mortainais, au centre d'une étoile ferroviaire importante entre les deux guerres accrut son influence. Aucune automobile ne pouvant circuler sans autorisation spéciale, à l'heure du vélo-roi, le train et donc le quartier de la gare devinrent un des hauts lieux du « marché noir ». Presque un an avant la loi du 15 mars 1942, le Glaneur (18/4/1941) y signale déjà un marché clandestin aux volailles alors que l’officiel était devenu inexistant  et les premiers procès. On parle d'oies qui, de main en main, passent de 350 à 1.000 Francs ! La renommée de Saint-Hilaire s'effectuait dès la gare Montparnasse à Paris où l'on vit des papillons « à Saint-Hilaire, on mange bien ». 

Les voyageurs affluaient par les trains bondés, mais aussi un service de cars, les courriers normands SATOS qui faisaient Caen-Rennes. Une troupe hétéroclite parcourait la campagne, assiégeait les hôtels avec des cageots protégés au fond par une feuille de chou qui accueillaient beurre, viande, recouverts de poireaux et divers légumes - qui eux, étaient autorisés - par dessus ! On donnait la pièce à l'employé de la gare, et le tour était joué ! On constata aussi profusion d'accortes voyageuses en situation intéressante, et en fait enceintes… de jambons ! 

Le traditionnel marché du mercredi perdurait malgré tout, de même que les trois grandes foires : la foire « fleurie » d'avril, celle de septembre, et bien sûr la « Saint-Martin ». On y retrouvait l'incontournable cirque Figuier avec le clown Prosper, et un nom appelé à connaître un grand succès par la suite, Achille Zavatta, dont la famille était locataire chez M. Hédou, à la gare, derrière le salon de coiffure H. Ruault. Des grandes familles de forains, toujours présents à ce grand rendez-vous annuel fréquentaient déjà Saint-Hilaire : cinéma Gazençon, autos tamponneuses Baudes, les Baute, Decroix, Leprince, Michel. 

 

La vie à Saint-Hilaire sous l’occupation (d’après R. Charlot

 

« La proximité de la campagne a permis à chacun des Saint-Hilairiens,  de manger à sa faim, même si nous étions soumis comme tous les Français aux restrictions (pain et viande… en quantités limitées, en échange de ticket d’alimentation). 

C’est dans ce domaine des matières premières et des objets manufacturés que la pénurie se fit le plus sentir... Lorsqu’un adolescent sautait allègrement une ou deux pointures de chaussures, les souliers dont il disposait devenaient inutilisables et nous fûmes nombreux, pendant ces années 43/44, à aller en classe en sabots de bois

Le meilleur moyen imaginé par les autorités d’occupation pour empêcher les Français d’écouter la B.B.C, fut de confisquer les postes de radio. Les Saint-Hilairiens reçurent l’ordre de déposer les leurs. Ils furent entreposés dans le grenier du magasin Lambert, place des Halles. Leurs propriétaires n’ont pas pu les récupérer après la libération car ce bâtiment, s’il ne fut pas détruit, brûla après les bombardements. Un certain nombre de personnes conservèrent cependant leur appareil et purent tout de même recevoir clandestinement les émissions de la radio de Londres. 

De nombreux Saint-Hilairiens étaient prisonniers de guerre en Allemagne et afin de leur envoyer des colis et d’alimenter le « livret du prisonnier » (un livret de caisse d’épargne qui devait permettre à chacun de trouver un pécule à son retour) diverses manifestations artistiques et sportives, tombolas, vente à l’Américaine eurent lieu afin de recueillir des fonds. 

Saint-Hilaire avait la réputation d’être un pays où l’on mangeait bien malgré les restrictions. Cet intérêt pour la table bien garnie a permis à Mr Cauny directeur de la fromagerie de Laumondais de faire venir dans notre cité des tennismen de renommée nationale et internationale. Les courts des Yvets à Parigny eurent ainsi l’honneur de recevoir Henri Cochet, Jean Borotra, Yvon Pétra… ce qui permit d'attirer un public nombreux… au profit des prisonniers. » 

Le 25 avril 1941, c'est le retour de 4 prisonniers blessés, malades (comme Jean Durand, préparateur en pharmacie), cultivateurs ou pères de famille, tandis que la défense passive s'est mise en place à raison d'un homme responsable pour 100 habitants. Dans un vaste mouvement établi autour du retour ou de l'assistance aux prisonniers, l'USH  on le verra plus loin, jouera contre le Stade Rennais. 

Le 7 mai, la nouvelle municipalité Guérin se met en place. 

A la Pentecôte 41, l'impression est malgré tout d’un grand abandon, l'Allemagne, victorieuse partout, sauf en Angleterre, s'apprête à envahir la Russie  « …les temps ont bien changé » soupire le journal, faisant allusion au funeste anniversaire de « juin tragique ». Mais commence aussi à s'entretenir la petite flamme vacillante de la Résistance… 

 

Par Georges DODEMAN - Publié dans : over.bog.com
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Mardi 27 juin 2006

                              La Résistance

 

Comme un peu partout en Normandie et en France, malgré l'appel du 18 juin 1940, l'esprit de Résistance mit un peu de temps à faire son chemin. A cette époque où tout le monde, notamment en zone rurale n'avait pas l'électricité, en ville même les récepteurs étaient souvent un luxe, et c'est généralement admis par les historiens, l'appel du Général de Gaulle, dans la débâcle ambiante, ne fut finalement entendu que par peu de Français.

Ce qui ne veut pas dire toutefois que l'esprit de Résistance ne se manifesta pas très vite. Sans doute de manière impromptue, isolée, inorganisée, mais il y eut partout des gestes simples et spontanés d'opposition à l'ennemi séculaire. Dès juin 40, on vit ainsi des pêcheurs granvillais assurer avec Jersey le passage de jeunes gens désirant rallier les Forces Françaises Libres. En août, Gournay, le directeur du journal « Le Mortainais » prit quelques libertés avec la censure, raillant l'envahisseur et fut mis à l'amende, avant de finalement cesser de paraître quelques mois plus tard. Elément intéressant, dès septembre, la Feldkommandantur de St-Lô fit paraître des avis contre les actes de sabotages, ce qui prouve donc bien qu'il y en avait dès les premiers mois de l'occupation. Parmi ceux-ci, le 27/8/40, proche de Saint-Hilaire, à St-Martin-de-Landelles, Isidore Restoux coupa des lignes téléphoniques. 

On le voit donc, plutôt des gestes isolés qui, à partir de 1943 cependant, tendirent à se fondre dans une action unifiée qui donnera sa pleine mesure ensuite pendant la Libération. Saint-Hilaire, dans ces premiers mois de l'occupation montre bien ce foisonnement de personnalités fortes mais agissant séparément, qui vont s'unir ensuite pour libérer le pays. Trois mouvements d'importance inégale, mais tous animés par la haine de l'occupant vont se fédérer autour de trois personnages majeurs pour la suite des événements :

  L'instituteur Jean-Baptiste Etienvre, responsable du réseau Libération-Nord pour le Sud Manche qui va effectuer au mieux la jonction entre une soixantaine de personnes recrutées sur toute la région : Ducey, Juvigny, Saint-James et bien sûr Saint-Hilaire.

  Un groupe indépendant de 3-4 personnes dont Louis Delaunay, Jean Lefeuvre formé autour de André Cheval et Paul Lepenant ayant pour lieu de rassemblement la Petite Bélinière à Virey.

 Et enfin, le plus important, celui d'obédience FTP (communiste) autour de Louis Blouet. Ce dernier a fort bien expliqué son cheminement, à rapprocher de celui de Jean Burgot, dont nous parlons par ailleurs.

 Démobilisé le 20 juillet, Louis Blouet, militant communiste reprend très vite contact avec des camarades de sa région d'origine, Granville, qui sont déjà en possession de tracts anti-allemands tirés par Pierre Havez dirigeant régional du parti, violemment anti-allemand. Il reprend aussi contact avec l'instituteur Louis Pinson en poste à la Haye-Pesnel et tout ce laps de temps, disons de l'été 40 au printemps 41 passe à tenter de renouer avec, soit des anciens du parti, soit des gens de Gauche qui, avant-guerre militaient dans les comités anti-fascistes. Vaste tâche qui s'accompagne, en mars 41 de la fabrication de tracts pour tenter de constituer un groupe étendu. Recherché sur Granville, grâce à une complicité à la sous-préfecture qui détruit son dossier, il travaille sur le port comme docker, sabote des gargousses d'obus, aide au ravitaillement de prisonniers, et arrive à Saint-Hilaire en septembre 41 où son épouse vient d'être nommée directrice du cours complémentaire. Son camarade Pinson venant d'être nommé directeur à Brécey, non loin de là, va permettre une action fructueuse jusqu'à la Libération

A Saint-Hilaire, Louis Blouet se lie rapidement avec le restaurateur Félix L'Huissier dont le beau-père Pinson, sabotier, lui remet deux vieux fusils Mauser à crosse coupée, souvenirs de la guerre 14, qui seront les premières armes du groupe. Deux réfractaires au STO  les rejoignent, ainsi qu'à partir de novembre 1942 le coiffeur Charles Ruault qui habitait S aint-Hilaire depuis peu.

Ainsi, semaine après semaine dans la discrétion, le groupe s'étoffe avec quelques commerçants : le boucher Lemonnier de Notre-Dame du Touchet, le photographe Jean Lefeuvre, les garagistes Michel et Jacques Tostivint, en tout une dizaine de membres. Le 11 novembre 1942, ils font coller nuitamment aux devantures des papillons « courage, nous vaincrons », mais surtout une liaison se fait avec les FTP bretons. Saint-Hilaire est en effet un carrefour important à la pointe du triangle Fougères-St-James où seront très actifs à partir de début 43, les FTP du commandant Pétri et du Saint-Hilairien Julien Lamanilève, et reste à portée de main d'un autre groupe FTP dont on aura bientôt à reparler, celui de Julien Derenne sur Fougerolles. Dans cette période, se nouent également des contacts (notamment à Virey, chez J.M. Levesque) entre Louis Blouet, J.B. Etienvre de Libération-Nord, un jeune médecin Daniel Cuche, et quelques éléments du parti socialiste également cla ndestin qui se regroupent sur Pontorson et Saint-Hilaire. Si l'union apparaît assez vite primordiale dans l'action, elle ne se fera réellement que quelques mois plus tard, parfois de manière abrupte.

Le tournant de 1943, pour Saint-Hilaire comme pour tout le pays marque le début d’une période agitée, et ici, pour tout dire dramatique, les combats de la Résistance et de la Libération se mêlant à l’épisode tragique des bombardements. Mais il faut, en quelques lignes malgré tout, revenir sur la conjoncture de l’époque. Les revers de la Wermacht à Stalingrad et El Alamein avaient effacé tout espoir d’une victoire rapide chez les Allemands. Mais pour la majorité d’entre eux, les défaites de l’hiver 42-43 n’avaient fait que retarder, peut-être de plusieurs années, la victoire. L’Allemagne nazie s’était en effet préparée à une guerre brève. Et alors que l’Union Soviétique prenait l’offensive au lieu de s’effondrer sous les pertes récentes, qu’il fallait maintenant combattre sur deux fronts en Tunisie, et que les bombardements de l’Allemagne devenaient de plus en plus déterminants, on sentit bien que l’occupant traversait alors une crise qui se dénoua en 1944.

La Résistance on l’a vu, fit beaucoup pour entretenir tout à la fois l’inquiétude de l’occupant, et le moral des occupés, se montrant beaucoup plus active dès que la possibilité d’un Débarquement (et de la Libération) se fit proche. Sans savoir exactement où il s’effectuerait, la recrudescence d’activité début 44 laissait néanmoins présager qu’il ne tarderait pas. « Overlord » nom de code du débarquement allié prévoyait trois plans qui concernaient la Résistance et donc, celle de notre région, à proximité immédiate des accès aux plages : le « plan violet » pour les télécommunications, le « plan vert » pour les voies ferrées, et « tortue » pour le harcèlement des voies de communication.

Fin mai les réseaux attendaient les messages codés. Le 1er juin, les ondes de la B.B.C diffusèrent « l’heure des combats viendra » ce qui voulait dire débarquement sous quinze jours, puis le lendemain « les sanglots longs » qui rapprochait encore l’échéance. Le 4, nouveau message d’alerte annulé ensuite pour cause de tempête, et enfin le 5 le fameux « blessent mon cœur d’une langueur monotone » pour une attaque imminente. La Résistance attendait toujours ses messages spécifiques qui suivirent dans la soirée : « les plus désespérés sont les chants les plus beaux » (plan violet), « les dés sont sur le tapis » (plan vert), et « l’appel du laboureur dans le matin brumeux » (tortue). Ce fut Michel Tauzin, du groupe de Brécey qui alla prévenir le groupe de Saint-Hilaire regroupé sur la ferme de Sérouenne à Martigny, tandis que Louis Pinson avertissait ses collègues du cours complémentaire de Saint-Hilaire. Les résistants du groupe Blouet, au courant dès la soirée du 5 avaient déjà pris les armes disposant en quinconce cinq crève pneus sur la route Saint-Hilaire-Mortain, et se plaçant en embuscade. « Une voiture de liaison arriva bientôt (dit Louis Blouet) un pneu éclata, elle s’arrêta tandis qu’avec les deux vieux Mauser et le Parabellum dont nous disposions, nous lui tirions dessus. Un Allemand fut blessé, mais nous décrochâmes aussitôt car les autres nous lancèrent des grenades, et l’un de nos fusils était enrayé ».

Le lendemain, dans la nuit du 7 au 8 juin, la voie ferrée Saint-Hilaire-Fougères fut plastiquée. Le 9 juin, la route principale d’Avranches n’étant plus suffisante pour assurer le trafic des troupes allemandes, dans la journée le groupe coupa un arbre de 1.10 m de diamètre au Pointon sur la route de Juvigny, opération assez longue car il fallait souvent s’arrêter et dissimuler la coupe lors du passage des convois allemands. Enfin l’arbre s’effondra, et toute la nuit les véhicules vinrent s’entasser les uns derrière les autres, car, aussi curieux que cela puisse paraître, les allemands n’étaient pas outillés pour scier du bois, c'est à la mine et au canon que les allemands tentèrent de se faire un passage et ce n'est qu'à 6 h le lendemain que les premiers véhicules réussirent à reprendre la direction de St Lô, au grand désespoir des résistants. Dans la nuit, Louis Blouet fit prévenir un radio en Mayenne, Londres fut alerté et envoya trois chasseurs-bombardiers qui mitraillèrent impitoyablement la colonne. On dénombra 52 camions et 2 canons de 88 incendiés. Le festival d’explosions dura toute la journée et il y aura beaucoup de morts… Ce fut une des premières actions majeures imputables à la Résistance en Basse-Normandie à partir du Jour J.

Dans le même temps, les rapports noués avec les groupes des départements voisins portaient leurs fruits, et le groupe de Saint-Hilaire toucha ses premières armes issues de parachutages qui avaient eu lieu dans l’Orne : une mitraillette Sten et 20 kgs de cartouches ! du « trop peu » qui incita, le 12 juin, Louis Blouet lors d’une tentative nocturne de sabotage du Pont de Virey à s’introduire dans un groupe d’une trentaine d’allemands bivouaquant dans un chemin creux. Le résistant, emporta  malgré les sommations d’un sous-officier allemand qui, revolver au poing, le sommait d’arrêter… une mitrailleuse MG 42 « Très calmement je poursuivis ma route jusqu’au détour du chemin - précisa plus tard Louis Blouet - et nous nous sommes enfuis à toute allure car l’arme était dépourvue de munitions. Le sous-officier avait sans doute eu aussi peur que moi, et c’est pourquoi il n’avait pas tiré ». 

 

                                            JEAN BURGOT   

 

   Jean Burgot, né à Parigny le 28 juin 1923 est un martyr de la Résistance, qui a donné son nom à une des rues de notre ville, mais qui fut concerné par les actions en Bretagne.

En juin 40 il était à Mayenne quand il vit les premiers Allemands, et refusa d'entrée l'occupation. Revenu à Saint-Hilaire, il sabota des lignes, brouilla des pancartes pour égarer les convois, mais en septembre 43 appelé au STO il dut se camoufler en Bretagne où il rejoint très vite les maquis locaux FTP.

En avril 44, après avoir réceptionné un parachutage il fut dénoncé et pris. Enfermé à la prison du Colombier à Rennes, il y fut fusillé avec 31 de ses camarades le 8 juin 1944. La nuit qui précéda sa mort il put écrire quelques mots d'un extrême courage à sa mère avant de tomber en martyr avec ses camarades sous les balles du peloton d'exécution, en chantant la Marseillaise. La ville de Saint-Hilaire lui fit des funérailles émouvantes le 2 octobre 1944 .

Lettre de Jean Burgot adressé à sa mère le 7 juin « Ma chère maman, je suis condamné à la peine capitale, je vais mourir demain en Français courageux. Je t’aime, je t’embrasse et j’embrasse tous ceux que j’aime. Ton fils Jean. »

 

 

 

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Lundi 26 juin 2006

Les Bombardements du 14 juin 1944



 

 Épisode central des années de guerre, les bombardements de Saint-Hilaire, sont aussi, pour cette ville un des événements majeurs du siècle tant ils ont conditionné ensuite, par la reconstruction, le développement de la ville. Il n’y eut pas un, mais des bombardements qui se sont échelonnés entre le 6 juin, et le 6 août même si, bien sûr, la mémoire gardera la date funeste du 14 juin pour les plus importants, et les plus meurtriers.

Les Saint-Hilairiens avaient eu la chance de rester jusqu’à la fin du printemps 44 en dehors de la guerre proprement dite. Il y avait juste eu, le soir du 19 août 42, un couvre-feu anticipé à cause du débarquement de Dieppe, et ensuite la vision, en rangs serrés des « forteresses volantes » qui partaient bombarder diverses villes, et les grondements sourds des premières destructions sur Rennes. Le premier contact avec les réalités de la guerre, encore qu’ils ne soient alors qu’indirects, eurent lieu un soir de fin mai 44. Le car qui assurait le service de Coutances à Saint-Hilaire et qui se garait sur la place du marché aux veaux, devant la mairie, fut mitraillé sur la route par les Alliés, probablement par erreur, les aviateurs l’ayant sans doute confondu avec un transport allemand. 

Le 5 juin, les premières bombes, deux ou trois, tombèrent sur la ferme Delaporte, non loin de Saint-Hilaire, sans faire de victimes. Le lendemain, bien sûr, la nouvelle du débarquement était partout connue.  

Le marché du mercredi 7, interdit par les Allemands, vu les événements, fut néanmoins très actif, beaucoup de gens n’ayant pas eu le temps d’être prévenus. Mais beaucoup comprirent la situation quand on sut, que dans la nuit du 6 au 7, le château du Jardin à l’Ouest de l’hôpital (pris pas erreur pour un poste de commandement allemand ?) avait été visé, et avait perdu toutes ses vitres. Le soir même, à 17h, de grosses unités aériennes, et non plus des chasseurs-bombardiers isolés s’en prenaient à la gare et au pont de la Paveille. Vers 21h les avions alliés revenaient sur la gare et l’actuelle rue Jean Burgot, toutes les vitrines du bas de la rue de Mortain volant en éclats. Ajoutées à l’intense activité aérienne de la nuit, les rumeurs s’amplifièrent et l’abandon de la ville par une grande partie de la population commença comme le confirme encore R. Charlot : « ces bombardements, encore de faible ampleur par rapport à ce que l’on connut ensuite, eurent pour effet d’inquiéter la population, et beaucoup d’habitants quittèrent la ville pour se réfugier chez des amis ou parents dans les communes rurales voisines. Avant de quitter leurs maisons, les habitants, notamment les commerçants pour leurs vitrines, collèrent sur les vitres, de grandes bandes de papier en diagonale pour les protéger des déflagrations à venir, protection hélas bien dérisoire » conclut notre témoin qui partit alors à Virey, comme bien d’autres un peu partout autour «  à la Bénardais, sur Lapenty - signalait Charles Jaunet - 70 Saint-Hilairiens campaient comme ils pouvaient ».  

C’est officiellement à 20 h 15 qu’ont été datés les bombardements qui ont détruit en grande partie, le 14 juin 1944, cette petite cité millénaire.  

Dans l’après midi du 13, les Feldgendarmes allemands avaient réquisitionné sous la menace plusieurs camions, avec leurs conducteurs, soi-disant pour emporter du ravitaillement aux réfugiés de St-Lô. Les rares services restés à Saint-Hilaire attendaient impatiemment de partir, et l’hôpital militaire avait été évacué le 9. Un groupe de prisonniers canadiens avait même été vu dans la matinée, répondant aux sourires cordiaux de la population par le signe discret de la main formant un V symbolisant les espoirs de tous.

Le sénateur-maire Gustave Guérin, dans la réunion exceptionnelle du conseil municipal du 30 juin est très précis « vers 20 h 15, six groupes de chacun six gros bombardiers  passaient sur Saint-Hilaire, tout à coup, une explosion retentit suivie de plusieurs autres (…) je me rendis aussitôt place de la mairie. J’y étais à peine arrivé que de nouvelles explosions retentissaient. Il était 20 h 32 ".  

L’opération menée en fait par des bombardiers moyens lâcha un grand nombre de bombes sur la transversale rue Waldeck-Rousseau, rue de Mortain. Puis elle fut reprise environ un quart d’heure après, sur l’autre axe, rue de la République, rue de Paris. La rue d’Avranches fut, en fait peu atteinte, elle sera le pôle de développement économique et commercial de l’immédiat après-guerre.

Dans cette soirée de juin où le jour s’attarde, le spectacle est dantesque, Gustave Guérin qui se dirige vers la rue de Mortain envahie de fumée rencontre place Nationale le droguiste Laisné qui tient dans ses bras sa fille Yvette très pâle, car grièvement blessée, puis l’épouse du Dr Mosquet, contusionnée, soutenue par son mari. Les secours s’organisent sous la direction de Mme Lehec, et M. Yver galvanise les énergies pour dégager les blessés. Aidé par M. Laisné, (maréchal ferrant) et M. Anfray (marchand de tissus), avec un cric, il parvient à dégager Mademoiselle Dollerie, commerçante qui s’était réfugiée au café Boursin, et qui se retrouve coincée, suspendue par un bras. Par contre, on ne peut plus rien pour la petite bonne de l’hôtel de la Poste où sont également tués deux soldats allemands. Les canalisations coupées ne facilitent pas la lutte contre les incendies, et la pompe à bras a été réquisitionnée par les allemands sur un incendie rue de Paris.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La situation est alors vers 21 h la suivante : il y a trois gros foyers à combattre rue de Paris, rue Lecroisey, rue de Mortain. Les grands magasins Lambert sont en flammes, tous les magasins d’alimentation (Macé, Lecoq, Mme Baubigny) brûlent avec une intensité effrayante, et les scènes tragiques se multiplient. Ici, M. Semery, supplie qu’on l’aide à sauver sa femme cernée par les flammes, là, la défense passive évacue le corps sans vie de Mr Philippe, père du négociant du même nom enseveli sous les décombres avec son employé François Jamont. C’est vers ce moment (21 h 30) qu’on apprend le drame du presbytère : le curé-doyen Roblin ? tué avec toute sa famille et des amis dans une tranchée-abri. Seul en réchappa un vicaire, l’abbé Bochef qui a relaté très précisément ces événements « à l’hôpital, le Dr Cuche revenu de Laumondais dès la première vague soignait et opérait. Il le fit toute la nuit, aidé de

l’abbé Jean Gautier, éclairé d’une simple lampe à pétrole ».

Vers 18 heures, la tour Nord de l'église est en flammes, le feu consuma la toiture, les voûtes en lattis, le mobilier, les cloches tombèrent sur le sol, mais des témoignages font état d’un bombardement isolé que certains ont vu allemand, d’autres américain. La maîtrise de l’air alliée tout comme les archives allemandes plaident plutôt pour la seconde, Gustave Guérin certifiant devant le conseil « l’église porte les atteintes indiscutables de deux bombes (…) un cultivateur nous a affirmé avoir vu tomber une bombe quelques minutes avant sur l’église (…) quand j’arrivais dans le boulevard j’appris qu’une bombe avait mis, peu de temps avant, le feu au presbytère dans lequel avaient été placés les corps des 17 morts dont celui de M. le curé-doyen. Grâce à l’initiative courageuse de MM. Cauny, Costard de Saint-Malo, du chef de brigade de gendarmerie et de quelques hommes dévoués, ces corps ne furent pas tous brûlés ». 

Quoi qu’il en soit, l’édifice, orgueil des Saint-Hilairiens, tous les trésors accumulés ici depuis des années disparurent dans l’incendie : les statues des saints furent mutilées, et les cloches précipitées au sol.  

D’autres bombardements suivirent, notamment dans la nuit du 6 au 7 août, cette fois de la part des allemands (qui firent de nouveau 2 morts en ville et 3 en campagne). 

Malgré tout, la date funeste du 14 juin reste retenue par tous comme l’événement tragique marquant pour Saint-Hilaire dans ce siècle. 35 tués furent identifiés, cinquante blessés moyens ou graves furent soignés à l’hôpital, les 4/5ème de la ville étaient détruits. De 300 maisons il ne restait plus que des pierres calcinées, 350 autres étaient démolies, les immeubles épargnés n’avaient plus de vitres, les toits brisés, les portes disjointes. Tous les édifices publics étaient détruits ou gravement endommagés, les canalisations rompues, les lignes téléphoniques coupées, le chemin de fer hors d’usage, les approvisionnements brûlés ou volés par l’occupant. Tout était à refaire, et on se remit donc au travail. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Dimanche 25 juin 2006

                                       La Résistance  (suite)

Pendant les bombardements, le groupe de résistance participa au sauvetage des blessés et à la lutte contre le feu, fit la chasse aux pillards, et fit peindre sur toutes les devantures intactes « tout pillage sera puni de mort » signé FFI. Les abattages d’arbres se poursuivirent : le 18 juin, rue d’Égypte le trafic fut ainsi arrêté plus de 3 heures. Le 19 juin, un side-car sauta sur un crève-pneu au pont Saint-Yves où d’autres véhicules furent touchés le lendemain. Le 20 juin, un câble tendu en travers de la route de Saint-Hilaire à Mortain provoqua la chute et la blessure d’un motocycliste allemand. Le 23 juin le groupe constitué de 8 hommes trop faiblement armé (la mitrailleuse MG 42 n’avait toujours pas de munitions) avec une seule mitraillette, au Mesnillard s’attaqua à  forte partie, un convoi de la division SS das Reich qui montait au front. Louis Blouet, blessé au ventre d’une balle de fusil mitrailleur, tenu un moment pour perdu, fut transporté en voiture à cheval à l’école des filles de Parigny par  Monsieur Roussel, boucher de Saint-Hilaire, dissimulé dans un immense panier, sous un drap, avec des tas de morceaux de viande par dessus, exactement comme lorsqu’il faisait ses tournées dans les fermes. Le docteur Maurice Costil, réfugié à Saint-Hilaire transporta le blessé à l’hôpital de Saint-Hilaire qui fut opéré par le docteur Cuche entre deux perquisitions et deux bombardements, puis ensuite emmené toujours par le docteur Costil  dans la ferme de Madame François Martin à Virey. Après cinq semaines de convalescence, il reprenait sa place à la tête de ses hommes. Le 26 juin, un camion fut encore incendié route de Parigny. Du 27 au 30, des tracts furent distribués, le 1er juillet, un car attaqué au Petit-Jésus. En liaison avec les FTP de la Mayenne, des parachutages amenèrent des armes et du matériel, mais trop tard (mi-juillet), pour être efficaces. Lors du dernier de ces parachutages, l’officier britannique  Eric  Hayes fut largué, demandant au groupe de Saint-Hilaire de participer à la mission « Helsmann », de passer, par deux, les lignes américaines afin de servir de guides aux Alliés, après avoir glané tout au long du parcours le plus de renseignements possibles sur les troupes allemandes. Sur 17 équipes, 13 parvinrent à participer ainsi au succès de la percée d’Avranches, décisive ensuite pour l’issue de la guerre. Le 9 juillet, jour de rafle par la Gestapo, plusieurs Saint-Hilairiens sont arrêtés et emprisonnés dans la cave du château de Saint Jean du Corail. Il s’agit de Madame Guérandel, directrice de l’école maternelle publique – MM.  Jafrézic, Secrétaire Général de la mairie de Saint-Hilaire – Georges Lemoussu père, café tabac – Roger Jeanne, directeur d’école et secrétaire de la mairie de Parigny – Charles Fouqué, carrossier – Maurice Jouvencel, négociant en bestiaux. Que reproche-t-on à toutes ces personnes ? qui a donné aux allemands le signalement précis et l’endroit où ils étaient réfugiés ? ce ne pouvait être que sur dénonciation. Beaucoup de Saint-Hilairiens ont pensé qu’il ne pouvait s’agir que d’un assureur nommé G. dont nous reparlerons dans les pages suivantes. Après trois jours d’interrogatoires, les prisonniers sont libérés sauf Charles Fouqué qui est emmené dans la région parisienne. Battu, menacé de mort, il est finalement relâché deux mois plus tard. Le 11 juillet, Jacques Tostivint, René Lepeltier et Roger Blanchais croisent Mr Jaffrézic qui traversait le bourg de Lapenty, la peur au ventre, il venait d’être libéré par les Allemands. Il chargea Roger Blanchais d’aller rapidement trouver Mr Lecapitaine, maire de Parigny pour détruire à la mairie des documents très compromettant pour la vie de Mr Jeanne en cas de perquisition. Saint-Hilaire fut libéré le 2 août au terme d’un bref combat que nous développons par ailleurs, et le 3, un combat commun FFI-Américains contre les Allemands s’engagea brièvement au Sud des Loges-Marchis. La contre-attaque allemande couvait sur Mortain, mais la Résistance locale était très active, littéralement dopée par la présence des Alliés. Dès le 2 août, le postier Louis Launay, de Milly, rattaché au groupe de Saint-Hilaire avait pris contact avec les Gi’S et commençait à assurer la tâche de guide entre Saint-Hilaire et Barenton. Le 4 août, à Saint-Hilaire eut lieu aussi la première entrevue entre le « commandant Eric » (J.B. Hayes) et Louis Blouet, à peine remis de sa grave blessure au ventre, pour améliorer, via les C.I.C,  la coopération entre la Résistance locale et les Libérateurs. C’est ainsi qu’une dizaine de membres du groupe de Saint-Hilaire rejoignirent, le 5 août, avec Eric, la Résistance de Fougerolles pour effectuer jusqu’au 7, des opérations de nettoyage sur les grands axes libérés qui grouillaient encore d’effectifs allemands disparates, en pleine débandade. Beaucoup ne cherchaient qu’à fuir, d’autres, nazis convaincus, n’ayant plus rien à perdre, faisant encore le coup de feu. Le 6 août, dans ce cadre, les Saint-Hilairiens avec les FTP de Louis Lemonnier firent prisonniers 3 soldats ennemis, et dans la nuit un officier de  la troupe d’élite des Fallschirmjäger (parachutistes). C’est dans cette période troublée, où se déroulait également la bataille de Mortain (7-10 août 44) que le groupe Cheval fut également chargé de s’occuper d’un collaborateur notoire dont nous parlons par ailleurs. 

Le département de la Manche fut totalement libéré (Sourdeval et Ger) le 14 août au soir.  

           

 

 

 

                                       

 

 

  






 

COLLABORATION  


Saint-Hilaire, petite ville rurale, loin des grands centres où se développait la vie politique, comme bien de ses voisines, n’a pas vraiment connu la Collaboration au sens où les historiens analysent cette période. La ville s’est recentrée sur l’attente de ses prisonniers, l’activité commerciale qui se poursuivait avec la campagne proche, puis un peu plus avec l’extérieur qu’avant-guerre, du fait des restrictions. 
Toutes les familles qui étaient encore pétries des récits de la Grande Guerre, et de la haine du « Boche » ne pouvaient se résoudre à pactiser avec l’envahisseur. On se toléra donc, mais sans vraiment chercher à se connaître ni à se comprendre. Les services publics, par la force des choses étaient amenés à se côtoyer, mais sans vraiment « collaborer » efficacement. Cela s’est vu par rapport à la Résistance (voir ce chapitre) pas toujours très discrète, mais qui ne fut pas vraiment inquiétée. S’il y eut quelques dénonciations dont nous avons copie, elles furent réduites à néant par des fonctionnaires responsables, sinon patriotes (postiers, élus locaux, gendarmes, secrétaires de mairie). Preuve encore que la collaboration ne fut guère active ici, aucun Juif ne fut déporté du fait des locaux. Mme Piel accueillit deux jeunes Juifs Hollandais que lui avait confiés la Croix-Rouge : Bertie une jeune fille de 19 ans qui parlait parfaitement le Français, et son frère un peu plus jeune dont l’accent pouvait le trahir, qui fut confié à Mme Bodin à la Goberie, et caché souvent dans plusieurs fermes des environs. Un autre Juif, originaire d’Europe centrale, M.Senkman, ancien chef d’orchestre du cirque Figuier, resta caché toute la guerre au café Robert, place de l’Ėglise.Le seul cas, d’ailleurs dramatique de collaboration active, fut celle d’un assureur qui, avant la guerre n’avait jamais fait parler de lui sinon en bien, mais qui marqué par la défaite de 40 estima sans doute qu’il fallait s’inspirer de l’exemple allemand. Le P.P.F de Doriot qui faisait de la propagande avait délégué pour la région son orateur Thurotte dont on trouva souvent le nom « à bas Thurotte » inscrit au carbonyle sur les bords des vitrines de certains commerçants, disons de la « vieille droite », mais qui, finalement n’eurent jamais rien à voir avec la collaboration, et qui, d’ailleurs, ne furent jamais inquiétés.Notre agent d’assurance adhéra à ce parti collaborateur, fit du prosélytisme, mais vit peu à peu se fermer devant lui toutes les portes. Tout le monde s’en méfiait et il courait sur lui des bruits inquiétants. On disait ainsi qu’il aurait dénoncé des prisonniers travaillant à la feldposte (située au Cercle Catholique) pour des propos anti-allemands. Il s’exila avec son épouse, sa fille, et son grand chien à la Havilionnaire en Lapenty où il fut attaqué et blessé par la Résistance (groupe Cheval). Il alla ensuite se protéger près des Allemands qui cantonnaient au château du Bois-Ferrand en Moulines, et les suivit dans leur débâcle, parait-il jusqu’au Rhin où toute la famille périt dans la traversée. A la Libération, on compta sur les doigts d’une seule main les jeunes femmes qui furent tondues pour avoir été trop peu réservées dans leurs contacts avec l’occupant : une serveuse du café de la rue W.Rousseau où ils avaient leurs habitudes, et quelques « pauvres filles » de la rue de Bretagne qui avaient donné dans une collaboration autant « horizontale » qu’alimentaire…

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