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Dimanche 13 janvier 2008

Été 1944

 

Après les bombardements meurtriers du 14 juin, les combats de la Libération du 2 août n’amenèrent qu’un soulagement momentané pour les Saint-Hilairiens, qui subirent ensuite, indirectement le contre coup de la bataille de Mortain. Celle-ci échappe à l’objet de notre étude, mais ses prémisses la concernaient pourtant nommément. Seule une désobéissance du maréchal Von Kluge lui épargna, contrairement à Mortain, de se trouver de nouveau en première ligne. 

 

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Le 31 juillet, à la Magentière en Bion, furent mis au point entre le maréchal commandant du groupe d’armées B et le général Hausser, chef de la 7ème armée, les préparatifs de la contre attaque exigée par Hitler, pour fermer le goulet Avranchinais par lequel s’était déjà engouffrée l’armée Patton. Dans la nuit du 6 au 7 août, le déclenchement de cette contre-attaque provoqua un nouveau bombardement aérien de Saint-Hilaire, cette fois par les Allemands. Sans do 436.jpg ute en raison de la couverture aérienne alliée importante, il fut beaucoup moins rationnel cette fois dans l’axe hôpital-carrefour central, mais frappa de nouveau durablement les esprits, comme le précisa l’abbé Bochef, rescapé on l’a vu des terribles moments du 14 juin " si la destruction fut beaucoup plus importante les 14-15 juin, nous avons vécu le 7 août, veille du déclenchement de l’offensive allemande sur Mortain un bombardement qui dura toute la nuit, détruisit une partie de l’hôpital, fit de nouveau des morts et terrifia la population parce qu’il fut beaucoup plus long ".  

Les avions bombardèrent en effet entre 23 h et 1 h du matin, les appareils allemands tournant sans arrêt, lâchant leurs bombes à intervalles réguliers. Ils s’éloignaient, revenaient l’un après l’autre, pourchassés par la puissante DCA américaine. Deux avions allemands furent abattus lors d’un combat aérien, l’un tomba à la Besnardière en Parigny et l’autre à la Simonais aux Loges Marchis.  

Des projectiles atteignirent des quartiers jusque-là épargnés comme le Bas de la Lande, les rues de Bretagne et Féburon. Là encore, des incendies se déclarèrent instantanément qui purent être maîtrisés après de longs efforts, et des démolitions judicieuses pour faire comme on dit " la part du feu ". Fort heureusement, plusieurs bombes n’éclatèrent pas, mais le centre hospitalier dûment identifié par sa grande croix rouge fut touché. Il y eut deux morts à Saint-Hilaire, Émile David et Mme Lenoir,Vve Desfeux; trois à Lapenty, le couple Émile Hamel et leur fils, et Yvette Laisné-Mottier décédée à Virey des suites de ses blessures lors du bombardement du 14 juin.  

L’opération allemande " Luttich " (Liège), nom de la contre-attaque allemande échoua, mais sur sa fin le 10 août, une grave menace pesait de nouveau sur la ville qui devait être le premier objectif d’une ultime attaque que Hitler, mécontent de son échec des jours précédents, voulait encore lancer vers Avranches. " Le but est le même, la direction seule change " disaient les ordres complémentaires que le groupe Eberbach devait mener à partir de Domfront attaquant " par surprise, en direction du Sud-Ouest ", et donc pile sur Saint-Hilaire ! Par bonheur, Von Kluge, trouva le projet irréaliste, et dans la soirée du 11, à minuit, sans même attendre l’ordre bien improbable de décrocher qui serait venu du Führer, ordonna le repli. Et pour plus de sûreté, il ne le transmit au haut quartier général que le lendemain… Quelque part, cet acte de désobéissance devait épargner de nouvelles épreuves à une petite ville déjà durement touchée. Elle s’installa alors dans un après guerre très inconfortable.  

Avec de puissants moyens, les Américains dégageaient aussitôt les grands axes encombrés par les ruines et peu de temps après d’interminables convois pilotés à vive allure traversaient la cité qui allait alors entrer dans l’après-guerre, le maire Gustave Guérin étant alors suspendu de sa charge le 4 août par le capitaine Rousselin, officier de liaison administrative, qui chargea provisoirement le Dr Cuche de la gestion de la commune.  

Le 10 août la délégation spéciale s'installa avec à sa tête le Docteur Daniel Cuche, et comme conseillers municipaux: Maurice Cauny, Armand Papin, Charles Jaunet, Anatole Angot, Henri Charles, Gaston Esnault, Eugène Cheval, Mme Blouet, Amant Feillet, Louis Desloges. Elle tint sa première séance le 18. Cette délégation spéciale dont le Docteur Cuche était le benjamin était composée de personnes nommées pour leur participation à la Résistance ou leur réputation d’intégrité : MM. Angot, Cauny, Charles, Cheval, Jaunet, Papin, étaient déjà conseillers municipaux, et M. Feillet avait été adjoint dans les municipalités Lelièvre et Guérin.

Le 21 août, les services de la reconstruction (M.R.U) s’installaient chez Mme Guillon, rue de Bretagne jusqu’en 1947.  

La vie paroissiale s’était maintenue grâce à l’activité de l’abbé Bochef resté seul, on l’a vu, et dans quelles dramatiques conditions. Le service religieux s’était très vite organisé à Laumondais jusqu’au 6 août, avec annexes à Leplu où s’étaient repliées les Clarisses et à la Coderie. Cinq messes étant assurées chaque dimanche. La salle du patronage ou Cercle Catholique fut transformée en chapelle paroissiale en août (elle le resta jusqu’en 1952). Les Clarisses firent leur retour au monastère le 22 septembre.  

La communion solennelle 456-d--tour--.JPG qui n’avait pu, et pour cause, avoir lieu en juin fut célébrée le 24 septembre avec 132 communiants par un temps épouvantable dans le hangar de M. Lehec, rue du Gué, bâché hâtivement pour la circonstance. Le chanoine de Brix vint remplacer le 3 septembre, le doyen Roblin défunt mais il n’y fut officiellement installé que le 8 octobre, la cérémonie ayant lieu, elle aussi dans le hangar Lehec. Le président de la Délégation Spéciale, en l’accueillant, résumait bien l’ampleur de la tâche : " nous reconstruirons donc. La ville est un être vivant possédant une âme collective, tandis que nous œuvrerons sur le plan matériel, l’Église apportera son plus large concours à la difficile reconstruction des valeurs morales ".

 

Les soucis de la Délégation Spéciale, au travers des archives que nous avons pu consulter sont en effet très terre à terre : lutte contre le marché noir (lettre au préfet du 9 septembre), demandes de carburant au directeur des services agricoles de Coutances (20 septembre), réduction des contingentements de blé (lettre au préfet du 22 septembre). Les communes rurales voisines étaient accablées de réfugiés, et certaines avaient dû battre au fléau pour se procurer du blé dès maturité. Il semblait donc inutile de parler de contrainte tant que les moyens de battre (essence notamment) n’étaient pas fournis et que les boulangers de la Mayenne venaient vendre du pain dans le canton ! pas de problèmes par contre pour le cidre, les pommes et les bestiaux, tant que là encore, on ne parlait pas de réquisitions " à notre marché du 13 septembre, concluait le Dr Cuche, il y avait abondance de veaux. Au marché suivant, après annonce des opérations du ravitaillement, il n’y en avait plus … "  

La visite du commissaire régional de la République M. Bourdeau de Fontenay, accompagné du préfet Lebas, le 10 octobre, permit outre les festivités joyeuses de la liberté retrouvée, de faire le point sur d’importantes mesures administratives prises peu de temps auparavant. L’office de relogement avait été créé le 2 septembre, immédiatement suivi le 6 de l’établissement d’un plan topographique des ruines.

  Le déblaiement avait commencé très vite, et le premier programme de reconstruction d’urgence fut décidé le 11 novembre sous les auspices de l’ingénieur TPE Jacquet. Entre temps plusieurs décisions urgentes avaient été prises : école des garçons transférée au Sacré-Cœur, deux classes des écoles privées installées chez M. Pioger rue de Paris, et rentrée pour tous, après de très longues vacances, le 6 novembre.

  La vie économique reprenait avec une salle de l’hôpital réservée à la banque Société Générale, les services architecture-urbanisme logés au 27 rue de Bretagne, la pharmacie Guérin transférée Bld Gambetta, la pharmacie Tharaux chez Mme Chaumont rue de la République, la pharmacie Courtois chez Mr Lesage rue de Paris, les PTT dans l’immeuble Feuillet rue d’Evreu, et même le cabinet dentaire Jamot dans la partie Sud de l’Hôpital.  

En décembre démarrèrent les premiers baraquements pour les commerçants.  

Comme partout en France, à la même époque, celle dite de " l’épuration ", se réglèrent à Saint-Hil undefined aire quelques comptes. Il y eut quelques femmes tondues qui avaient eu le malheur d’approcher de trop près l’occupant, mais peu de cas de collaboration notoire comme celui raconté dans le chapitre Résistance. Pour cette dernière, et pour clarifier qui, vraiment avait fait quoi, le 25 août 45, le comité de libération du canton adressa au président de la commission militaire de la Manche la listede tous ceux qui, de son avis, pouvaient prétendre à l’attribution de l’insigne FFI. Ils étaient 21, représentant les deux grandes tendances à Saint-Hilaire (groupes Blouet et Cheval) qui, comme on l’a vu, furent les grands acteurs de la période mouvementée de mars à août 44.

   

 

Par Georges DODEMAN - Publié dans : over.bog.com
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