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Mercredi 28 juin 2006

Dans le XXème siècle, l'épisode tragique des bombardements avec ses 35 victimes civiles, ses destructions importantes, a un peu occulté d'autres moments historiquement importants de l'histoire locale de Saint-Hilaire, comme les actions de Résistance ou les combats de la Libération. A la citation de la ville à l'ordre du corps d'armée par Max Lejeune, secrétaire d’État aux Forces Armées le 31 mai 1948 qui résume bien ces « années noires », il convient d'ajouter celle que fit le préfet Lebas lors de sa visite d'adieux à la cité martyre en mai 1976 : « …Cette ville de Saint-Hilaire, pour moi, préfet de la Libération, incarne plus particulièrement l'esprit de la Résistance, car c'est dans cette région que je rencontrais pour la première fois dans le département la Résistance armée ». Pour comprendre cette époque, il faut revenir à 1939, et à la situation de la ville dans un contexte général, habituellement résumé par les historiens so us l'appellation évocatrice de « montée des périls ». Une notion certes générale, mais dont on va voir qu'une petite ville de province n'était pas exempte d'être touchée par les conséquences d’événements, à priori, pour elle bien lointains. 

On a vu au chapitre précédent que les années d’avant-guerre furent assez mouvementées au plan politique. Il y eut bien sûr, une déclinaison locale des événements nationaux, des mouvements sociaux importants, et particulièrement ici, des conséquences des mutations considérables de la sociologie rurale dont le mouvement « bouilleurs de cru » ne fut que le plus évident. Curieusement, les affres d'une situation internationale tendue et complexe firent alors irruption dans notre petite ville dès le milieu de l'année 1939 avec l'arrivée des réfugiés espagnols, mobilisant les débats du conseil municipal, avant que celle des réfugiés du Nord prennent ensuite le relais jusqu'au fatidique juin 40. En fait, on s'attendait à des familles entières là où il y eut surtout des miliciens isolés, ce dont se félicitait d'ailleurs la mère supérieure, disposant ainsi de bras supplémentaires pour les nombreuses corvées afférentes à la marche de son établissement. Par contre, la rumeur publique stigmatisait déjà certaines jeunes filles qui s'en allaient le dimanche danser avec ces étrangers. On verra plus loin, et un peu plus tard qu'il en sera de même avec d'autres « touristes » moins pacifiques habillés de feldgrau… 

Mais revenons quelques mois en arrière. Saint-Hilaire avait appris comme beaucoup la déclaration de guerre par la radio et les journaux, mais surtout par le tocsin. La population, comme en 14, avait accompagné les premiers mobilisés et les épouses en larmes à la gare où ils prenaient le train pour rejoindre leurs garnisons avec les mêmes cris que leurs pères : « on les aura » ! 

Avec le recul du temps, alternant parfois gravité et dérisoire, la « drôle de guerre » rappelait aux plus anciens les affres de l'autre, la « Grande Guerre », avec son train de restrictions. Elle suscitait l'émotion sur le sort des conscrits (400 mobilisés sur la ville), la renaissance d'un sentiment national mis à mal par les grands conflits sociaux de 36, et une société finalement en pleine mutation. 

Juin 40 vint mettre les pendules… à l'heure allemande ! « Ils arrivèrent par la rue d'Avranches, un jour de pluie, c'étaient de grands gaillards, bien équipés, uniformes impeccables, bottes de cuir, alors que nous, nous en étions encore aux brodequins. Ils se dirigèrent immédiatement vers la mairie. Les bureaux étaient en haut, et pour y accéder on devait monter plusieurs marches au-dessus du sous-sol où était entreposé le matériel des pompiers. M. Lelièvre, maire les attendait sur le perron, et un commandant allemand vint lui parler. La troupe remonta la rue de Paris, puis ils firent quelques concerts sur la place ». Peu de temps après, une grosse colonne motorisée de la Wehrmacht traversa Saint-Hilaire venant de Bretagne et partant vers le pont de la Paveille. Quelques Saint-Hilairiens regardaient ce défilé avec curiosité, il n'y eut pas d'incidents. Les premiers contacts furent froids, mais les gens furent assez surpris par la discipline de l'occupant  « … on sentait qu'ils avaient reçu, de leurs officiers, des directives pour être bien admis de la population

Dans un premier temps, le contact avec le troupier de base qu'il fallait héberger (souvent par deux) ménagea quelques surprises. On vit des soldats se précipiter sur les œufs et de gigantesques omelettes qu'ils ingurgitaient en quantités impressionnantes, et la découverte du Calvados (souvent appelé « Kognac ») finit par alarmer le commandement… Beaucoup demandaient aussi des cartes du « kanal » pour s'enquérir de son étendue, semblant persuadés que la conquête de l'Angleterre serait rapide, et la guerre vite terminée. 

Tous ces préparatifs militaires dans le cadre de l'opération « Seelöwe » impliquaient des mesures de camouflage draconiennes. Les rares autos, et surtout les vélos n'étaient pourvus que de faibles lueurs, le couvre-feu étant établi de 21 h à 6 h du matin, et contrôlé par de nombreuses patrouilles. Les contrevenants étant convoqués et sévèrement tancés à la Kommandantur qui siégeait à la mairie. Pour se persuader de toute la rigueur de la discipline allemande, les Saint-Hilairiens n'eurent d'ailleurs pas longtemps à attendre quand, à la fin de l'été, des soldats punis, au retour d'une marche harassante, rue de Mortain, furent  impitoyablement cravachés par leurs officiers ! 

La vie s'organisa donc cahin-caha dans les difficultés liées aux restrictions qui avaient, en fait, commencé dès la déclaration de guerre le 3 septembre 1939. Avec les premières semaines de l’occupation s'institua la présence permanente des files d'attente devant les magasins avec cartes et tickets d'alimentation, la pénurie s’accrut et le « système D » se développa. Les « années noires » si bien décrites par le « Journal » de l'écrivain fougerais Jean Guéhenno accentuèrent alors l'écart ville-campagne, sciemment entretenu ensuite par le régime de Vichy. Les zones rurales, encore bien approvisionnées retrouvaient un nouvel intérêt.  

 Saint-Hilaire, carrefour commercial du Mortainais, au centre d'une étoile ferroviaire importante entre les deux guerres accrut son influence. Aucune automobile ne pouvant circuler sans autorisation spéciale, à l'heure du vélo-roi, le train et donc le quartier de la gare devinrent un des hauts lieux du « marché noir ». Presque un an avant la loi du 15 mars 1942, le Glaneur (18/4/1941) y signale déjà un marché clandestin aux volailles alors que l’officiel était devenu inexistant  et les premiers procès. On parle d'oies qui, de main en main, passent de 350 à 1.000 Francs ! La renommée de Saint-Hilaire s'effectuait dès la gare Montparnasse à Paris où l'on vit des papillons « à Saint-Hilaire, on mange bien ». 

Les voyageurs affluaient par les trains bondés, mais aussi un service de cars, les courriers normands SATOS qui faisaient Caen-Rennes. Une troupe hétéroclite parcourait la campagne, assiégeait les hôtels avec des cageots protégés au fond par une feuille de chou qui accueillaient beurre, viande, recouverts de poireaux et divers légumes - qui eux, étaient autorisés - par dessus ! On donnait la pièce à l'employé de la gare, et le tour était joué ! On constata aussi profusion d'accortes voyageuses en situation intéressante, et en fait enceintes… de jambons ! 

Le traditionnel marché du mercredi perdurait malgré tout, de même que les trois grandes foires : la foire « fleurie » d'avril, celle de septembre, et bien sûr la « Saint-Martin ». On y retrouvait l'incontournable cirque Figuier avec le clown Prosper, et un nom appelé à connaître un grand succès par la suite, Achille Zavatta, dont la famille était locataire chez M. Hédou, à la gare, derrière le salon de coiffure H. Ruault. Des grandes familles de forains, toujours présents à ce grand rendez-vous annuel fréquentaient déjà Saint-Hilaire : cinéma Gazençon, autos tamponneuses Baudes, les Baute, Decroix, Leprince, Michel. 

 

La vie à Saint-Hilaire sous l’occupation (d’après R. Charlot

 

« La proximité de la campagne a permis à chacun des Saint-Hilairiens,  de manger à sa faim, même si nous étions soumis comme tous les Français aux restrictions (pain et viande… en quantités limitées, en échange de ticket d’alimentation). 

C’est dans ce domaine des matières premières et des objets manufacturés que la pénurie se fit le plus sentir... Lorsqu’un adolescent sautait allègrement une ou deux pointures de chaussures, les souliers dont il disposait devenaient inutilisables et nous fûmes nombreux, pendant ces années 43/44, à aller en classe en sabots de bois

Le meilleur moyen imaginé par les autorités d’occupation pour empêcher les Français d’écouter la B.B.C, fut de confisquer les postes de radio. Les Saint-Hilairiens reçurent l’ordre de déposer les leurs. Ils furent entreposés dans le grenier du magasin Lambert, place des Halles. Leurs propriétaires n’ont pas pu les récupérer après la libération car ce bâtiment, s’il ne fut pas détruit, brûla après les bombardements. Un certain nombre de personnes conservèrent cependant leur appareil et purent tout de même recevoir clandestinement les émissions de la radio de Londres. 

De nombreux Saint-Hilairiens étaient prisonniers de guerre en Allemagne et afin de leur envoyer des colis et d’alimenter le « livret du prisonnier » (un livret de caisse d’épargne qui devait permettre à chacun de trouver un pécule à son retour) diverses manifestations artistiques et sportives, tombolas, vente à l’Américaine eurent lieu afin de recueillir des fonds. 

Saint-Hilaire avait la réputation d’être un pays où l’on mangeait bien malgré les restrictions. Cet intérêt pour la table bien garnie a permis à Mr Cauny directeur de la fromagerie de Laumondais de faire venir dans notre cité des tennismen de renommée nationale et internationale. Les courts des Yvets à Parigny eurent ainsi l’honneur de recevoir Henri Cochet, Jean Borotra, Yvon Pétra… ce qui permit d'attirer un public nombreux… au profit des prisonniers. » 

Le 25 avril 1941, c'est le retour de 4 prisonniers blessés, malades (comme Jean Durand, préparateur en pharmacie), cultivateurs ou pères de famille, tandis que la défense passive s'est mise en place à raison d'un homme responsable pour 100 habitants. Dans un vaste mouvement établi autour du retour ou de l'assistance aux prisonniers, l'USH  on le verra plus loin, jouera contre le Stade Rennais. 

Le 7 mai, la nouvelle municipalité Guérin se met en place. 

A la Pentecôte 41, l'impression est malgré tout d’un grand abandon, l'Allemagne, victorieuse partout, sauf en Angleterre, s'apprête à envahir la Russie  « …les temps ont bien changé » soupire le journal, faisant allusion au funeste anniversaire de « juin tragique ». Mais commence aussi à s'entretenir la petite flamme vacillante de la Résistance… 

 

Par Georges DODEMAN - Publié dans : over.bog.com
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