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Mardi 27 juin 2006

                              La Résistance

 

Comme un peu partout en Normandie et en France, malgré l'appel du 18 juin 1940, l'esprit de Résistance mit un peu de temps à faire son chemin. A cette époque où tout le monde, notamment en zone rurale n'avait pas l'électricité, en ville même les récepteurs étaient souvent un luxe, et c'est généralement admis par les historiens, l'appel du Général de Gaulle, dans la débâcle ambiante, ne fut finalement entendu que par peu de Français.

Ce qui ne veut pas dire toutefois que l'esprit de Résistance ne se manifesta pas très vite. Sans doute de manière impromptue, isolée, inorganisée, mais il y eut partout des gestes simples et spontanés d'opposition à l'ennemi séculaire. Dès juin 40, on vit ainsi des pêcheurs granvillais assurer avec Jersey le passage de jeunes gens désirant rallier les Forces Françaises Libres. En août, Gournay, le directeur du journal « Le Mortainais » prit quelques libertés avec la censure, raillant l'envahisseur et fut mis à l'amende, avant de finalement cesser de paraître quelques mois plus tard. Elément intéressant, dès septembre, la Feldkommandantur de St-Lô fit paraître des avis contre les actes de sabotages, ce qui prouve donc bien qu'il y en avait dès les premiers mois de l'occupation. Parmi ceux-ci, le 27/8/40, proche de Saint-Hilaire, à St-Martin-de-Landelles, Isidore Restoux coupa des lignes téléphoniques. 

On le voit donc, plutôt des gestes isolés qui, à partir de 1943 cependant, tendirent à se fondre dans une action unifiée qui donnera sa pleine mesure ensuite pendant la Libération. Saint-Hilaire, dans ces premiers mois de l'occupation montre bien ce foisonnement de personnalités fortes mais agissant séparément, qui vont s'unir ensuite pour libérer le pays. Trois mouvements d'importance inégale, mais tous animés par la haine de l'occupant vont se fédérer autour de trois personnages majeurs pour la suite des événements :

  L'instituteur Jean-Baptiste Etienvre, responsable du réseau Libération-Nord pour le Sud Manche qui va effectuer au mieux la jonction entre une soixantaine de personnes recrutées sur toute la région : Ducey, Juvigny, Saint-James et bien sûr Saint-Hilaire.

  Un groupe indépendant de 3-4 personnes dont Louis Delaunay, Jean Lefeuvre formé autour de André Cheval et Paul Lepenant ayant pour lieu de rassemblement la Petite Bélinière à Virey.

 Et enfin, le plus important, celui d'obédience FTP (communiste) autour de Louis Blouet. Ce dernier a fort bien expliqué son cheminement, à rapprocher de celui de Jean Burgot, dont nous parlons par ailleurs.

 Démobilisé le 20 juillet, Louis Blouet, militant communiste reprend très vite contact avec des camarades de sa région d'origine, Granville, qui sont déjà en possession de tracts anti-allemands tirés par Pierre Havez dirigeant régional du parti, violemment anti-allemand. Il reprend aussi contact avec l'instituteur Louis Pinson en poste à la Haye-Pesnel et tout ce laps de temps, disons de l'été 40 au printemps 41 passe à tenter de renouer avec, soit des anciens du parti, soit des gens de Gauche qui, avant-guerre militaient dans les comités anti-fascistes. Vaste tâche qui s'accompagne, en mars 41 de la fabrication de tracts pour tenter de constituer un groupe étendu. Recherché sur Granville, grâce à une complicité à la sous-préfecture qui détruit son dossier, il travaille sur le port comme docker, sabote des gargousses d'obus, aide au ravitaillement de prisonniers, et arrive à Saint-Hilaire en septembre 41 où son épouse vient d'être nommée directrice du cours complémentaire. Son camarade Pinson venant d'être nommé directeur à Brécey, non loin de là, va permettre une action fructueuse jusqu'à la Libération

A Saint-Hilaire, Louis Blouet se lie rapidement avec le restaurateur Félix L'Huissier dont le beau-père Pinson, sabotier, lui remet deux vieux fusils Mauser à crosse coupée, souvenirs de la guerre 14, qui seront les premières armes du groupe. Deux réfractaires au STO  les rejoignent, ainsi qu'à partir de novembre 1942 le coiffeur Charles Ruault qui habitait S aint-Hilaire depuis peu.

Ainsi, semaine après semaine dans la discrétion, le groupe s'étoffe avec quelques commerçants : le boucher Lemonnier de Notre-Dame du Touchet, le photographe Jean Lefeuvre, les garagistes Michel et Jacques Tostivint, en tout une dizaine de membres. Le 11 novembre 1942, ils font coller nuitamment aux devantures des papillons « courage, nous vaincrons », mais surtout une liaison se fait avec les FTP bretons. Saint-Hilaire est en effet un carrefour important à la pointe du triangle Fougères-St-James où seront très actifs à partir de début 43, les FTP du commandant Pétri et du Saint-Hilairien Julien Lamanilève, et reste à portée de main d'un autre groupe FTP dont on aura bientôt à reparler, celui de Julien Derenne sur Fougerolles. Dans cette période, se nouent également des contacts (notamment à Virey, chez J.M. Levesque) entre Louis Blouet, J.B. Etienvre de Libération-Nord, un jeune médecin Daniel Cuche, et quelques éléments du parti socialiste également cla ndestin qui se regroupent sur Pontorson et Saint-Hilaire. Si l'union apparaît assez vite primordiale dans l'action, elle ne se fera réellement que quelques mois plus tard, parfois de manière abrupte.

Le tournant de 1943, pour Saint-Hilaire comme pour tout le pays marque le début d’une période agitée, et ici, pour tout dire dramatique, les combats de la Résistance et de la Libération se mêlant à l’épisode tragique des bombardements. Mais il faut, en quelques lignes malgré tout, revenir sur la conjoncture de l’époque. Les revers de la Wermacht à Stalingrad et El Alamein avaient effacé tout espoir d’une victoire rapide chez les Allemands. Mais pour la majorité d’entre eux, les défaites de l’hiver 42-43 n’avaient fait que retarder, peut-être de plusieurs années, la victoire. L’Allemagne nazie s’était en effet préparée à une guerre brève. Et alors que l’Union Soviétique prenait l’offensive au lieu de s’effondrer sous les pertes récentes, qu’il fallait maintenant combattre sur deux fronts en Tunisie, et que les bombardements de l’Allemagne devenaient de plus en plus déterminants, on sentit bien que l’occupant traversait alors une crise qui se dénoua en 1944.

La Résistance on l’a vu, fit beaucoup pour entretenir tout à la fois l’inquiétude de l’occupant, et le moral des occupés, se montrant beaucoup plus active dès que la possibilité d’un Débarquement (et de la Libération) se fit proche. Sans savoir exactement où il s’effectuerait, la recrudescence d’activité début 44 laissait néanmoins présager qu’il ne tarderait pas. « Overlord » nom de code du débarquement allié prévoyait trois plans qui concernaient la Résistance et donc, celle de notre région, à proximité immédiate des accès aux plages : le « plan violet » pour les télécommunications, le « plan vert » pour les voies ferrées, et « tortue » pour le harcèlement des voies de communication.

Fin mai les réseaux attendaient les messages codés. Le 1er juin, les ondes de la B.B.C diffusèrent « l’heure des combats viendra » ce qui voulait dire débarquement sous quinze jours, puis le lendemain « les sanglots longs » qui rapprochait encore l’échéance. Le 4, nouveau message d’alerte annulé ensuite pour cause de tempête, et enfin le 5 le fameux « blessent mon cœur d’une langueur monotone » pour une attaque imminente. La Résistance attendait toujours ses messages spécifiques qui suivirent dans la soirée : « les plus désespérés sont les chants les plus beaux » (plan violet), « les dés sont sur le tapis » (plan vert), et « l’appel du laboureur dans le matin brumeux » (tortue). Ce fut Michel Tauzin, du groupe de Brécey qui alla prévenir le groupe de Saint-Hilaire regroupé sur la ferme de Sérouenne à Martigny, tandis que Louis Pinson avertissait ses collègues du cours complémentaire de Saint-Hilaire. Les résistants du groupe Blouet, au courant dès la soirée du 5 avaient déjà pris les armes disposant en quinconce cinq crève pneus sur la route Saint-Hilaire-Mortain, et se plaçant en embuscade. « Une voiture de liaison arriva bientôt (dit Louis Blouet) un pneu éclata, elle s’arrêta tandis qu’avec les deux vieux Mauser et le Parabellum dont nous disposions, nous lui tirions dessus. Un Allemand fut blessé, mais nous décrochâmes aussitôt car les autres nous lancèrent des grenades, et l’un de nos fusils était enrayé ».

Le lendemain, dans la nuit du 7 au 8 juin, la voie ferrée Saint-Hilaire-Fougères fut plastiquée. Le 9 juin, la route principale d’Avranches n’étant plus suffisante pour assurer le trafic des troupes allemandes, dans la journée le groupe coupa un arbre de 1.10 m de diamètre au Pointon sur la route de Juvigny, opération assez longue car il fallait souvent s’arrêter et dissimuler la coupe lors du passage des convois allemands. Enfin l’arbre s’effondra, et toute la nuit les véhicules vinrent s’entasser les uns derrière les autres, car, aussi curieux que cela puisse paraître, les allemands n’étaient pas outillés pour scier du bois, c'est à la mine et au canon que les allemands tentèrent de se faire un passage et ce n'est qu'à 6 h le lendemain que les premiers véhicules réussirent à reprendre la direction de St Lô, au grand désespoir des résistants. Dans la nuit, Louis Blouet fit prévenir un radio en Mayenne, Londres fut alerté et envoya trois chasseurs-bombardiers qui mitraillèrent impitoyablement la colonne. On dénombra 52 camions et 2 canons de 88 incendiés. Le festival d’explosions dura toute la journée et il y aura beaucoup de morts… Ce fut une des premières actions majeures imputables à la Résistance en Basse-Normandie à partir du Jour J.

Dans le même temps, les rapports noués avec les groupes des départements voisins portaient leurs fruits, et le groupe de Saint-Hilaire toucha ses premières armes issues de parachutages qui avaient eu lieu dans l’Orne : une mitraillette Sten et 20 kgs de cartouches ! du « trop peu » qui incita, le 12 juin, Louis Blouet lors d’une tentative nocturne de sabotage du Pont de Virey à s’introduire dans un groupe d’une trentaine d’allemands bivouaquant dans un chemin creux. Le résistant, emporta  malgré les sommations d’un sous-officier allemand qui, revolver au poing, le sommait d’arrêter… une mitrailleuse MG 42 « Très calmement je poursuivis ma route jusqu’au détour du chemin - précisa plus tard Louis Blouet - et nous nous sommes enfuis à toute allure car l’arme était dépourvue de munitions. Le sous-officier avait sans doute eu aussi peur que moi, et c’est pourquoi il n’avait pas tiré ». 

 

                                            JEAN BURGOT   

 

   Jean Burgot, né à Parigny le 28 juin 1923 est un martyr de la Résistance, qui a donné son nom à une des rues de notre ville, mais qui fut concerné par les actions en Bretagne.

En juin 40 il était à Mayenne quand il vit les premiers Allemands, et refusa d'entrée l'occupation. Revenu à Saint-Hilaire, il sabota des lignes, brouilla des pancartes pour égarer les convois, mais en septembre 43 appelé au STO il dut se camoufler en Bretagne où il rejoint très vite les maquis locaux FTP.

En avril 44, après avoir réceptionné un parachutage il fut dénoncé et pris. Enfermé à la prison du Colombier à Rennes, il y fut fusillé avec 31 de ses camarades le 8 juin 1944. La nuit qui précéda sa mort il put écrire quelques mots d'un extrême courage à sa mère avant de tomber en martyr avec ses camarades sous les balles du peloton d'exécution, en chantant la Marseillaise. La ville de Saint-Hilaire lui fit des funérailles émouvantes le 2 octobre 1944 .

Lettre de Jean Burgot adressé à sa mère le 7 juin « Ma chère maman, je suis condamné à la peine capitale, je vais mourir demain en Français courageux. Je t’aime, je t’embrasse et j’embrasse tous ceux que j’aime. Ton fils Jean. »

 

 

 

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si vous êtes interessé, m'adresser un mail (g.dodeman@wanadoo.fr) et je vous donnerai la marche à suivre. merci   

Par Georges DODEMAN - Publié dans : over.bog.com
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Commentaires

Félicitations pour votre site et votre travail historique.
je vois avec plaisir des photos des écoles et je reconnais quelques personnes ( j'ai enseigné à St Joseph en 1967-68, logée à L'Immaculée et vis maintenant en région parisienne)
Continuez.
monique
Commentaire n°1 posté par Debon Monique le 22/03/2007 à 19h39

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