Pendant les bombardements, le groupe de résistance participa au sauvetage des blessés et à la lutte contre le feu, fit la chasse aux pillards, et fit peindre sur toutes les devantures intactes « tout pillage sera puni de mort » signé FFI. Les abattages d’arbres se poursuivirent : le 18 juin, rue d’Égypte le trafic fut ainsi arrêté plus de 3 heures. Le 19 juin, un side-car sauta sur un crève-pneu au pont Saint-Yves où d’autres véhicules furent touchés le lendemain. Le 20 juin, un câble tendu en travers de la route de Saint-Hilaire à Mortain provoqua la chute et la blessure d’un motocycliste allemand. Le 23 juin le groupe constitué de 8 hommes trop faiblement armé (la mitrailleuse MG 42 n’avait toujours pas de munitions) avec une seule mitraillette, au Mesnillard s’attaqua à forte partie, un convoi de la division SS das Reich qui montait au front. Louis Blouet, blessé au ventre d’une balle de fusil mitrailleur, tenu un moment pour perdu, fut transporté en voiture à cheval à l’école des filles de Parigny par Monsieur Roussel, boucher de Saint-Hilaire, dissimulé dans un immense panier, sous un drap, avec des tas de morceaux de viande par dessus, exactement comme lorsqu’il faisait ses tournées dans les fermes. Le docteur Maurice Costil, réfugié à Saint-Hilaire transporta le blessé à l’hôpital de Saint-Hilaire qui fut opéré par le docteur Cuche entre deux perquisitions et deux bombardements, puis ensuite emmené toujours par le docteur Costil dans la ferme de Madame François Martin à Virey. Après cinq semaines de convalescence, il reprenait sa place à la tête de ses hommes. Le 26 juin, un camion fut encore incendié route de Parigny. Du 27 au 30, des tracts furent distribués, le 1er juillet, un car attaqué au Petit-Jésus. En liaison avec les FTP de la Mayenne, des parachutages amenèrent des armes et du matériel, mais trop tard (mi-juillet), pour être efficaces. Lors du dernier de ces parachutages, l’officier britannique Eric Hayes fut largué, demandant au groupe de Saint-Hilaire de participer à la mission « Helsmann », de passer, par deux, les lignes américaines afin de servir de guides aux Alliés, après avoir glané tout au long du parcours le plus de renseignements possibles sur les troupes allemandes. Sur 17 équipes, 13 parvinrent à participer ainsi au succès de la percée d’Avranches, décisive ensuite pour l’issue de la guerre. Le 9 juillet, jour de rafle par la Gestapo, plusieurs Saint-Hilairiens sont arrêtés et emprisonnés dans la cave du château de Saint Jean du Corail. Il s’agit de Madame Guérandel, directrice de l’école maternelle publique – MM. Jafrézic, Secrétaire Général de la mairie de Saint-Hilaire – Georges Lemoussu père, café tabac – Roger Jeanne, directeur d’école et secrétaire de la mairie de Parigny – Charles Fouqué, carrossier – Maurice Jouvencel, négociant en bestiaux. Que reproche-t-on à toutes ces personnes ? qui a donné aux allemands le signalement précis et l’endroit où ils étaient réfugiés ? ce ne pouvait être que sur dénonciation. Beaucoup de Saint-Hilairiens ont pensé qu’il ne pouvait s’agir que d’un assureur nommé G. dont nous reparlerons dans les pages suivantes. Après trois jours d’interrogatoires, les prisonniers sont libérés sauf Charles Fouqué qui est emmené dans la région parisienne. Battu, menacé de mort, il est finalement relâché deux mois plus tard. Le 11 juillet, Jacques Tostivint, René Lepeltier et Roger Blanchais croisent Mr Jaffrézic qui traversait le bourg de Lapenty, la peur au ventre, il venait d’être libéré par les Allemands. Il chargea Roger Blanchais d’aller rapidement trouver Mr Lecapitaine, maire de Parigny pour détruire à la mairie des documents très compromettant pour la vie de Mr Jeanne en cas de perquisition. Saint-Hilaire fut libéré le 2 août au terme d’un bref combat que nous développons par ailleurs, et le 3, un combat commun FFI-Américains contre les Allemands s’engagea brièvement au Sud des Loges-Marchis. La contre-attaque allemande couvait sur Mortain, mais la Résistance locale était très active, littéralement dopée par la présence des Alliés. Dès le 2 août, le postier Louis Launay, de Milly, rattaché au groupe de Saint-Hilaire avait pris contact avec les Gi’S et commençait à assurer la tâche de guide entre Saint-Hilaire et Barenton. Le 4 août, à Saint-Hilaire eut lieu aussi la première entrevue entre le « commandant Eric » (J.B. Hayes) et Louis Blouet, à peine remis de sa grave blessure au ventre, pour améliorer, via les C.I.C, la coopération entre la Résistance locale et les Libérateurs. C’est ainsi qu’une dizaine de membres du groupe de Saint-Hilaire rejoignirent, le 5 août, avec Eric, la Résistance de Fougerolles pour effectuer jusqu’au 7, des opérations de nettoyage sur les grands axes libérés qui grouillaient encore d’effectifs allemands disparates, en pleine débandade. Beaucoup ne cherchaient qu’à fuir, d’autres, nazis convaincus, n’ayant plus rien à perdre, faisant encore le coup de feu. Le 6 août, dans ce cadre, les Saint-Hilairiens avec les FTP de Louis Lemonnier firent prisonniers 3 soldats ennemis, et dans la nuit un officier de la troupe d’élite des Fallschirmjäger (parachutistes). C’est dans cette période troublée, où se déroulait également la bataille de Mortain (7-10 août 44) que le groupe Cheval fut également chargé de s’occuper d’un collaborateur notoire dont nous parlons par ailleurs.
Le département de la Manche fut
totalement libéré (Sourdeval et Ger) le 14 août au soir.
COLLABORATION
Saint-Hilaire, petite ville rurale, loin des grands centres où se développait la vie politique, comme bien de ses
voisines, n’a pas vraiment connu la Collaboration au sens où les historiens analysent cette période. La ville s’est recentrée sur l’attente de ses prisonniers, l’activité commerciale qui se
poursuivait avec la campagne proche, puis un peu plus avec l’extérieur qu’avant-guerre, du fait des restrictions. Toutes les familles qui étaient encore pétries des récits de la Grande Guerre, et de la haine du « Boche » ne pouvaient se résoudre à pactiser
avec l’envahisseur. On se toléra donc, mais sans vraiment chercher à se connaître ni à se comprendre. Les services publics, par la force des choses étaient amenés à se côtoyer, mais sans vraiment
« collaborer » efficacement. Cela s’est vu par rapport à la Résistance (voir ce chapitre) pas toujours très discrète, mais qui ne fut pas vraiment inquiétée. S’il y eut quelques
dénonciations dont nous avons copie, elles furent réduites à néant par des fonctionnaires responsables, sinon patriotes (postiers, élus locaux, gendarmes, secrétaires de mairie). Preuve
encore que la collaboration ne fut guère active ici, aucun Juif ne fut déporté du fait des locaux. Mme Piel accueillit deux jeunes Juifs Hollandais que lui avait confiés la Croix-Rouge : Bertie
une jeune fille de 19 ans qui parlait parfaitement le Français, et son frère un peu plus jeune dont l’accent pouvait le trahir, qui fut confié à Mme Bodin à la Goberie, et caché souvent dans
plusieurs fermes des environs. Un autre Juif, originaire d’Europe centrale, M.Senkman, ancien chef d’orchestre du cirque Figuier, resta caché toute la guerre au café Robert, place de l’Ėglise.Le
seul cas, d’ailleurs dramatique de collaboration active, fut celle d’un assureur qui, avant la guerre n’avait jamais fait parler de lui sinon en bien, mais qui marqué par la défaite de 40 estima
sans doute qu’il fallait s’inspirer de l’exemple allemand. Le P.P.F de Doriot qui faisait de la propagande avait délégué pour la région son orateur Thurotte dont on trouva souvent le nom « à
bas Thurotte » inscrit au carbonyle sur les bords des vitrines de certains commerçants, disons de la « vieille droite », mais qui, finalement n’eurent jamais rien à voir avec la
collaboration, et qui, d’ailleurs, ne furent jamais inquiétés.Notre agent d’assurance adhéra à ce parti collaborateur, fit du
prosélytisme, mais vit peu à peu se fermer devant lui toutes les portes. Tout le monde s’en méfiait et il courait sur lui des bruits inquiétants. On disait ainsi qu’il aurait dénoncé des
prisonniers travaillant à la feldposte (située au Cercle Catholique) pour des propos anti-allemands. Il s’exila avec son épouse, sa fille, et son grand chien à la Havilionnaire en Lapenty où il
fut attaqué et blessé par la Résistance (groupe Cheval). Il alla ensuite se protéger près des Allemands qui cantonnaient au château du Bois-Ferrand en Moulines, et les suivit dans leur débâcle,
parait-il jusqu’au Rhin où toute la famille périt dans la traversée. A
la Libération, on compta sur les doigts d’une seule main les jeunes femmes qui furent tondues pour avoir été trop peu réservées dans leurs contacts avec l’occupant : une serveuse du café de la
rue W.Rousseau où ils avaient leurs habitudes, et quelques « pauvres filles » de la rue de Bretagne qui avaient donné dans une collaboration autant « horizontale »
qu’alimentaire…
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