Mercredi 27 janvier 2010 3 27 /01 /Jan /2010 10:05

Les marchés d’après guerre

 


   Saint-Hilaire sortait de la guerre, presque anéantie. La priorité pour le docteur Cuche fut de reloger les commerçants, de ce fait, le marché fut replacé comme on pouvait, émigrant d’une place à l’autre et dans des conditions qui ne lui ont permis que de survivre, mais non de se développer. Malgré cet inconvénient, le marché demeurera l’un des points forts de notre ville.

 

   En 1953, Saint-Hilaire, deviendra la capitale porcine " la Villette de l’Ouest " à l’occasion de la journée du porc Normand, une manifestation unique en France. Dans
la foulée, elle organisera son premier concours foire sur la toute nouvelle place Delaporte et il sera créé un comité des foires et marchés.

 

    C’est à cette époque que le conseil municipal, conscient des difficultés croissantes de la circulation et de la demande pressante des cultivateurs et marchands de bestiaux, décida de la réalisation d’un champ de foire, qui devait se situer dans la partie nord-ouest de la ville, à l’angle des rues d’Égypte et de la Pêcherie. L’aménagement de ce champ de foire devait permettre d’établir un équilibre entre les quatre pôles d’attraction axés autour du carrefour central, la place Delaporte, la place de l’église, et la gare routière qui était prévue rue Waldeck Rousseau.

 

    Néanmoins, le docteur Cuche était conscient que la création du champ de foire allait révolutionner les habitudes, mais pour lui, il était incontestable que notre ville qu’il avait baptisée " ville de la campagne " se devait de le réaliser, il ne se doutait pas encore que quelques années plus tard, en 1959, son projet ambitieux allait faire peur à certains commerçants du centre ville qui voyaient à travers ce changement une perte importante pour leur commerce. Il sera battu aux élections municipales par Claude Cheval, qui lui, voulait au contraire réaliser un marché couvert en centre ville pour le petit bétail, entre l’église et l’avenue du Maréchal leclerc.

 

   
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Depuis 1977 Michel Ganné comme élu de l’opposition avec le projet de marché couvert comme catalyseur d’une ambition qui va se construire peu à peu, s’est rendu compte que la " ville de la campagne ", essentiellement rurale et commerçante allait devoir évoluer et s’adapter. Il avait assurément une " vision " d’un avenir d’incertitudes, ou pour le moins que Saint-Hilaire ne pourrait jouer éternellement de la " rente " marché-Saint-Martin.

 

    Le marché couvert de Marly inauguré le 20 septembre 1986 eut pour mission d’améliorer la fréquentation du marché hebdomadaire qui montrait des signes de faiblesse. Avant sa construction, ce marché représentait pour une année 36.000 veaux, 8.000 bovins et 6.000 porcelets. En centre ville, il n’était plus adapté aux exigences du moment. Il lui fut affecté un bâtiment couvert de 3.465 m² sur un terrain de 2 hectares 80 en sortie immédiate vers l’Ouest de l’agglomération, doté des équipements le rendant très fonctionnel. (Ses installations démontables permettent de recevoir des évènements associatifs ou culturels et le rendent ainsi polyvalent). Il s’orienta vers la commercialisation des veaux de 8 jours, seul marché en progression constante. Le quartier de Marly fut desservi en 1989-1990 par un boulevard reliant la Route d’Avranches à la rue de Mortain. Avec le boulevard périphérique qu’elle prolongeait, la voie constituait la première ceinture de délestage réduisant le trafic en centre ville.

Par Georges DODEMAN
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Mercredi 30 décembre 2009 3 30 /12 /Déc /2009 08:48

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   Saint-Hilaire, on l’a vu dans les précédentes pages de cet ouvrage, a toujours joué de circonstances historiques particulières qui ont aidé à son développement : sa situation géographique, son positionnement à la frontière de trois provinces, et donc, beaucoup d’atouts qui ont aussi généré des destins exceptionnels à sa tête, en des périodes non moins exceptionnelles.

La ville n’avait pas attendu, bien sûr, le XXème siècle pour prospérer, on a vu aux chapitres précédents, avec l’historien Hyppolite Sauvage notamment, combien elle avait déjà, passé 1870, obtenu " le premier rang " des villes du Mortainais… devant la sous-préfecture elle-même ! A partir de 1900, malgré toutes les tribulations qu’elle subit sur le plan politique, elle fut servie par une municipalité dynamique " progressiste " avant l’heure, celle de Lucien Lelièvre.

L’ampleur des destructions liées à la guerre nécessitait à sa tête un maire d’une même " carrure ", et de ce côté, celle de Daniel Cuche fut plus qu’à la hauteur. Et en extrapolant un peu, on remarquera sur toute l’étendue du siècle la quasi " filiation " qui va s’opérer entre les maires se trouvant à l’articulation de toutes les grandes périodes de la ville : Daniel Cuche sera un des artisans de la reconnaissance officielle du travail effectué par Lucien Lelièvre, et à la fin de sa carrière, on le retrouvera même siégeant avec Michel Ganné, maire du passage au XXIème siècle dont nous allons parler plus loin.

Mais revenons en 1945, sans trop nous attarder sur la reconstruction dont nous avons parlé précédemment et sur l’urbanisme fortement modifié par force après les bombardements de juin 44, lesquels ont fait également l’objet d’une étude complète.

En 1946, Saint-Hilaire a retrouvé avec 3.293 habitants son niveau démographique d’avant-guerre.
 Les ass494.01ociations sportives redémarrent avec la création du V.C.H (Vélo Club Saint-Hilairien).
Les sociétés de pêche fusionnent le 11 mai 1947 en une seule sous la présidence de Jean Bourgeois, qui fera ensuite un long bail à sa tête. C’est aussi la grande période pour l’U.S.H football qui durera jusqu’en 1958. Et en février 1948, Roger Moulin fonde l’Élan Artistique.

On circule partout (le pont de la Paveille a été rouvert le 15 septembre 1947) et la petite cité en pleine reconstruction est une vrai ruche : 180 ouvriers logent rue d’Égypte pour le compte de l’ONCOR.

L’année suivante, Monsieur Amchin, directeur du cours complémentaire des garçons assurait en même temps la direction du centre d’apprentissage de mécanique agricole qui venait d’être créé. Cette situation un peu particulière durera jusqu’en 1952, année où il sera remplacé par monsieur Jules Baron et où sera mise en place " l’Association des Parents d’Élèves des Écoles Primaires " par Roger Jeanne, directeur de l’école des garçons495 de Parigny.

Le 1er novembre 1947, Michel Cochois sort le premier numéro du journal " La Gazette de la Manche ".

En 1949, deux décès semblent tourner les pages de toute une époque : Le parlementaire Gustave Guérin (10 février) que l’on avait vu batailler 40 ans durant contre Lucien Lelièvre, symbolisant les heures sombres de la guerre et de certaines compromissions avec l’occupant, et le docteur Auguste Gautier (24 mars), " médecin des pauvres ", celle d’une époque où l’on parlait " social " certes, mais sans trop penser aux " structures " comme on dit maintenant.

A ce moment, celui des années 50, le souvenir des " années noires " s’estompait déjà, on commençait malgré la " guerre froide " à penser Europe et la municipalité Saint-Hilairienne qui avait su, toutes ces années, ravitailler, reloger, reconstruire, administrer sut aussi gouverner… et donc prévoir ! Dès 1949, le problème foncier était apparu urgent pour que le centre d’apprentissage ouvert le 8 octobre 1948 se mue en centre de mécanique agricole (futur lycée Lehec) ; pour acquérir la distillerie de Parigny ; pour construire les abattoirs; pour réaliser un " groupe scolaire " digne de ce nom. Là où avant-guerre, dans le climat délétère que l’on sait, il aurait fallu 20 ans, le climat d’union né du malheur et des ruines prévalut.

Depuis les bombardements, les travaux de l’église avançaient, les tours se languissaient de retrouver leurs cloches et les paroissiens attendaient impatiemment depuis huit ans le retour dans leur église.

498Les fêtes des 2 et 7 août 1952 ont marqué la mémoire des Saint-Hilairiens comme nulle autre fête auparavant : le 2 août 1952, Monseigneur l’évêque Guyot baptisa les nouvelles cloches nommées : " Hilaire " par MM. Henri Couteller, Pierre Lechaplais, Paul Lerebours-Pigeonnière et Mmes Motte, Bodin et Cauny. " Marie " par MM. le docteur Cuche et Léon Letondeur, Mme Victor Rogine et Mlle Marie Dibon. " Louise " par MM. André Fauchon et André Martel, Mme Alfred Amiard et Mlle Louise Lemonnier. " Yvonne-Benoitte-Blaise " par MM. Louis Lefort et Charles Jaunet et Mmes Eugène Cheval et Fernand Lehec.

La semaine suivante, le 7 août, eut lieu la consécration des autels restaurés et la rentrée officielle dans l’église paroissiale.

On pouvait lire dans la presse :

" … Depuis des semaines dans tous les quartiers régnait une intense activité en vue de la préparation de cette grande cérémonie. Le jour J, la ville n’était que tapis de mousse et de sciure, guirlandes de verdure, cuivres rutilants, fleurs naturelles aux couleurs éclatantes, inscriptions, banderoles, arcs de triomphe, etc…

Après avoir parcouru les rues de la ville, les autorités se dirigèrent vers l’église où eut lieu la longue cérémonie de bénédiction et de consécration des autels par Mgr Guyot pour l’autel provisoire, Mgr Fauvel pour l’autel de la circata, Mgr Pichard pour l’autel du Sacré Cœur et Mgr Simonne pour l’autel St-Joseph. Les reliques reçues la veille et déposées au baptistère furent ensuite ramenées aux différents autels où elles devaient être scellées par la suite. "

La campagne électorale de 1953 où l’on vit les rivaux d’hier rejoindre les rangs de la majorité municipale et faire liste unique manifestant bien cet état d’esprit qui avait vu dès 1951 envisager déjà la création d’un champ de foire, fêter le 70ème anniversaire de la Société Mutualiste et surtout en 1952, constater qu’il ne restait plus à reconstruire que 28% des 78% des bâtiments détruits.

505A peine réélu en 1953, le docteur Cuche et MM. Charles Jaunet, Jean Tharaux, Fernand Lehec se rendaient en septembre à Zierickzee en vue d’établir un jumelage avec cette cité de la Frise Hollandaise (photo ci-contre).

L’année suivante, Saint-Hilaire (3.950 habitants) renouait le 9 mai avec sa " Jeanne d’Arc " et retrouvait par la même occasion après plusieurs années d’interruption, sa fanfare qui trouvait matière à exercer ses talents pour l’inauguration du monument aux morts le 13 juin en compagnie des spahis algériens (photo ci-contre).

1955, semblait par de nombreuses fêtes-anniversaires, sceller le renouveau avec le 15 mai, le serment de jumelage de Saint-Hilaire avec la ville de Zierickzee en Hollande.

Le 17 juillet 1955, la société des courses présidée par le Comte de Rougé fête son 60ème anniversaire.

Le 9 octobre, Monseigneur Guyot, évêque de Coutances et d’Avranches, Monseigneur Evrard et de nombreux dignitaires ecclésiastiques président les fêtes du centenaire de l’église.

Seule, la fermeture de la filature (90 emplois) et les premières craintes d’un mot relativement nouveau dans le vocabulaire de l’époque, celui de " chômage " (1) venait ternir la fin de l’année 1955 commencée à la rubrique faits divers, par l’incendie de 2 baraquements de la coopérative agricole et de Madame Feuillet fleuriste ainsi que le café Jourdan détruit par l’eau.

1956, c’est l’année de mi-mandat pour Daniel Cuche dont l’autorité est à son zénith : le budget est passé à l’unanimité, mais le 12 janvier, suite à un incident somme toute mineur en conseil municipal (1) il démissionne ! Un geste déjà effectué et vite repris en 1946, mais cette fois-ci sans doute plus durablement réfléchi. Toute la ville s’interroge, pense à un coup de fatigue (il est depuis 11 ans aux manettes de la reconstruction mais aussi conseiller général, tout en gérant, en tant que médecin chirurgien un important hôpital), aggravé par les soucis de la fermeture de la filature. Au conseil, le premier adjoint Charles Jaunet s’emploie à " recoller les morceaux ", d’autant que le sous-préfet Mr Duchesne-Marulaz semble laisser entendre " que les méthodes de travail du maire sont à la base du malentendu ". Il lui demandera cependant de reprendre sa démission, ce qu’il fera en concluant son allocution de retour d’un " pourtant, ce soir je reviens parmi vous " lourd de sous-entendus. Tout le monde se satisfait du retour " du Docteur qui a sorti Saint-Hilaire de ses ruines ", mais comme le signalait (2) André Josset : "  Daniel Cuche n’a pas triomphé à la Normande, il n’a pas arrondi les angles, l’assemblée municipale à plié. Elle reconnaît à son maire des qualités exceptionnelles et, par son comportement, lui accorde beaucoup de puissance. De son côté, la population ne manque pas de discuter les avantages et les inconvénients d’un grand maire… A court terme, Daniel Cuche réalise une bonne opération ; l’histoire locale a montré qu’à moyen terme, trois ans plus tard, il perdrait toute la mise. "

Que se passa-t-il ensuite ?

l’année 1957 voit jeter les bases de l’école d’agriculture qui s’installera sur les terrains Maziau aux Loges Marchis.

Le premier grand prix cycliste est organisé le 29 mai par l’Union Commerciale créée un an plus tôt par Maurice Cauny.

L’achèvement (en août) du centre de secours, rue des Ecoles et le début des travaux de construction du groupe scolaire.

Le centre d’apprentissage de mécanique agricole étend son recrutement et s’avère trop petit avec ses désormais 221 élèves.

On inaugure le 6 octobre, rue de Bretagne, la plaque à la mémoire de Lucien Lelièvre.

En 1958, on fête déjà avec " le Bossu " le 10ème anniversaire de l’Elan Artistique sur le parvis de l’église.

Le groupe scolaire est inauguré en juillet par le Préfet Larieu.

Une crise sérieuse à l’U.S.H football (6 septembre) voit Jacques Thoury succéder à Maurice Boulay, personnage emblématique du sport local depuis des décennies tant en football qu’en cyclisme.

Coup de tonnerre annonciateur d’une crise autrement importante dans quelques mois… !

Daniel Cuche a fait la " ville de la campagne "

cette belle formule qui fit florès, et amplement reprise encore de nos jours est en effet de lui. Daniel Cuche (1912-1983), était arrivé à Saint-Hilaire en 1942 s’installant comme chirurgien à l’hôpital-hospice. Ayant participé à la Résistance, il avait été nommé Président de la Délégation Spéciale chargée de la gestion de la ville détruite, le 10 août 44, et élu maire dans la foulée le 20 mai 1945. Conseiller Général le 30 octobre 1945, il présida même cette année-là le Conseil Général de la Manche. Ce fut assurément l’ardent artisan de la reconstruction de la ville et dans cette tâche il reçut l’aide efficace et généreuse d’un secrétaire de mairie également hors-pair, Raymond Guillaume.

La première pierre de cette reconstruction fut posée par le Préfet Lebas le 1er mai 48, et pour cette contribution le Docteur Daniel Cuche fut fait Chevalier de la Légion d’Honneur dès le 4 janvier 1950. de 1942 à 1979, chef de service à l’hôpital il créa successivement les secteurs chirurgie et maternité, et comme président du conseil d’administration (de facto en tant que maire) initia plusieurs services annexes : radiologie, médecine interne, laboratoires, IMP (Institut Médico Pédagogique) pour enfants handicapés moteurs.

Comme maire, de 1945 à 1959 il fut à l’origine du Syndicat d’Initiative (1949), du jumelage avec Zierickzee, du lycée technique Claude Lehec, du lycée agricole des Loges Marchis, et à ce titre chevalier du Mérite Agricole (1956). En 1959, il était président fondateur du (S.I.A.E.P.) Syndicat Intercommunal d’Alimentation en Eau Potable, regroupant 27 communes.

Qu’a-t-il donc manqué à cet administrateur exceptionnel pour que le 8 mars 1959 aux élections municipales, les Saint-Hilairiens rejettent massivement et dès le 1er tour, le programme de cet élu au bilan exceptionnel ? Il fut jugé à cette époque trop " ambitieux ", partiellement pour lui peut-être, mais pour sa commune assurément : " il voyait loin pour sa ville dans le temps comme dans l’espace. Dans le temps car, on l’a vu, Saint-Hilaire s’est reconstruit harmonieusement pour le long terme, dans l’espace car il a vu la commune dans son environnement " remarque encore André Josset qui ajoute : " les Saint-Hilairiens ont eu un maire à la mesure des temps difficiles de l’après-guerre, à la carrure un peu forte pour ses électeurs, et pas disposé malgré un pragmatisme au quotidien, à faire des concessions sur les grands choix ". Certains voyaient chez lui de la " distance ", et une certaine forme d’usure du pouvoir bien expliquée par une triple charge, professionnelle (car il était un médecin qui toujours voulut exercer), municipale et cantonale.

En 1959, il sollicite en effet le renouvellement de son mandat après 15 ans aux commandes de la ville, et – le recul nous le fait remarquer avec plus de force encore – moins d’un an après le renouvellement politique général de 1958 qui avait vu le pays se doter d’une nouvelle constitution, et le Général de Gaulle revenir au pouvoir !

Il est sûr aussi que le gros dossier du champ de foire (qui aura également la peau de son vainqueur Claude Cheval, trois ans plus tard comme on le verra au chapitre suivant) en menaçant beaucoup de gens dans leurs intérêts immédiats, cristallisa une opposition facile et sournoise qui rejoignit sans doute un peu trop vite une population réclamant peut-être une pause, maintenant que la reconstruction était terminée. Abasourdie, frappée de stupeur, elle se reprit au second tour pour voter en masse pour faire passer 4 conseillers de sa liste (MM. Charles Jaunet – Maurice Cauny – Jean Tharaux et Maurice Moulin)… mais il était trop tard !

Par Georges DODEMAN
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Dimanche 23 août 2009 7 23 /08 /Août /2009 11:07

CLAUDE CHEVAL

 

 

Début 1959, la première tranche des travaux de l’abattoir était en cours d’exécution et on pensait à reconstruire l’Hôtel de Ville et surtout " à implanter des usines " ! Ce dernier point sera d’ailleurs, un des griefs, et le cheval de bataille d’un petit groupe de mécontents qui se constitua autour de Claude Cheval. Un quasi inconnu à Saint-Hilaire car il revenait " des colonies " comme on disait encore à l’époque, n’ayant comme carte de visite politique que d’être le fils de Eugène Cheval, ancien adjoint du Dr Daniel Cuche.

Le Dr Cuche dans la même période était peut être aussi trop sûr de lui comme nous le confirme ce jeune notaire de 30 ans, qui, venant juste de s’installer à Saint-Hilaire, se présenta au maire de la ville : " j’arrivais de Louvigné, sans aucune ambition autre que professionnelle, mais le contact fut sec et abrupt : on me fit clairement comprendre, c’est moi le patron ici ! " Il s’agissait, bien sûr, de Paul Guinebault dont les souvenirs sont précieux pour comprendre ce qui va se passer dans peu de temps : " Le Dr Cuche avait certes un impressionnant bilan, mais nous n’étions plus dans l’immédiat après-guerre. Il avait moins de poids politique qu’on le croyait, et qu’il le croyait peut être lui-même. Il avait aussi, peut-être inconsciemment, fait de l’ombre à certains qui, désormais bien implantés au Département, avaient les moyens là-bas à Saint-Lô, mais aussi ici dans le Sud-Manche, par le biais d’autres notables des cantons voisins, de lui poser quelques problèmes. Disons qu’il commençait à devenir sensible sur le plan électoral ".

On l’aura compris, la politique " politicienne ", dans le contexte du changement de Constitution qui datait de l’année précédente, était revenue au premier plan. Hormis les questions de personnes, on voyait mal le Docteur Cuche, socialiste, intégrer, malgré ses incontestables qualités, le fameux " système " que peaufinait au département le sénateur-maire d’Avranches, Léon Jozeau-Marigné tout à la droite (CNI) de l’échiquier parlementaire.

C’est dans ce contexte que, le 19 février 1959, Claude Cheval adressa " ingénument " au Docteur Cuche sa candidature " parce que j’ai appris par les journaux que vous ne vouliez pas être maire !  ".

Il n’eut pas trop de mal pour constituer très vite une liste complète ! baptisée " liste d’Union dans le Travail ". On y trouvait aux côtés de personnages connus de la reconstruction (Georges Coeuret, dont on a vu l’action précédemment), des commerçants ayant pignon sur rue (MM. Jean Bourgeois, Albert Derain), mais surtout beaucoup de nouveaux visages. " quand on se lance, - poursuit Paul Guinebault qui était, bien sûr, de l’aventure - , on est toujours confiant. Mais la ville bruissait de rumeurs. On sentait qu’il allait se passer quelque chose. Il y avait eu cette pétition des commerçants contre le projet de marché couvert extérieur, et pas mal de gens remontés ". La campagne que l’on aurait souhaitée plus courtoise fut très dure, avec pluie de tracts sur la ville, le nom de Cheval comme celui de Lucien Lelièvre autrefois, se prêtant à toutes les plaisanteries, et pas du meilleur goût.


Le choc

 

Les pronostics en ce début de printemps 1959 ne militaient guère cependant en faveur des nouveaux venus. La liste montée par Claude Cheval sentait quand même l’urgence, et la Presse de son côté avait totalement pris fait et cause, et depuis longtemps pour les sortants. Le jour fatidique du 8 mars 1959, après une courte campagne mais chauffée à blanc où le problème du marché cristallisa l’attention de l’opinion, vit voter 80 % des inscrits… et ce fut le raz de marée ! la liste Cheval avec 1.562 voix, passa 17 élus sur 21 ! et celle du Dr Cuche avec 637 suffrages seulement deux noms : Me Louis Lefort (1.035) et Claude Lehec (1.080).

Passa alors une folle semaine, car il fallait revoter le 15 mars ; Saint-Hilaire, comme frappé de stupeur réalisa tout à coup que l’on avait " changé de régime ". Les plus virulents, jouèrent du calembour facile " on a donné un bon coup de pied de Cheval au Cuche " mais les plus réalistes pressentirent, à juste titre l’ouverture, sous leurs pieds, d’un abîme d’incertitude. Alors dans un de ces coups de balanciers dont l’Histoire a le secret, les Saint-Hilairiens, 8 jours plus tard, cherchèrent à rétablir le plateau d’une balance qu’ils avaient par trop chargé. Ils eurent de nouveau, mais cette fois dans l’autre sens, la main lourde : les 4 sièges à pourvoir allèrent en totalité à la liste Cuche (MM. Charles Jaunet, Maurice Cauny, Jean Tharaux, Maurice Moulin), ceux de la liste de Cheval (MM. Rousseau, Raffé, Poisson, Ruault) en ressortant éreintés ! Mais ce revirement tardif n’empêcha en rien, le 22 mars, Claude Cheval d’être élu maire avec comme adjoints dans l’ordre : Georges Coeuret, Paul Guinebault, Victor Roussel, Jean Bourgeois. Une nouvelle ère commençait…

3 ans de transition

 

Dans ses remerciements le 22, Claude Cheval affichait d’entrée un programme clair : abandon pur et simple de l’ancien projet Cuche de marché couvert extérieur au centre-ville. Installations de ce marché sur la place de la Motte, et de la mairie sur son emplacement d'origine, Waldeck Rousseau. Mais ce problème du marché couvert restait insoluble car lié à la révision globale du plan d’urbanisme de la ville qui concluait à la construction de la salle des fêtes et des bâtiments administratifs sur un îlot dont restait d’ailleurs à définir la disposition.
Deux projets (architectes Delaage et Holas) furent donc mis en lice, le dernier étant approuvé par le conseil (le 12 décembre 1961)… immédiatement remis en cause par le délégué du Ministre à la Reconstruction ! Finalement, fut retenu le principe de la construction de la mairie et des services administratifs en bordure de la rue de Paris, jouxtant donc un marché couvert restant en centre-ville, la salle des fêtes étant toutefois exclue du projet. On allait là contre l’avis des agriculteurs et des maires du canton lesquels par pétition l’année précédente (24 septembre 1960) s’étaient prononcés " contre le projet municipal, affirmant leur sympathie au Dr Cuche " lequel ne l’oublions pas, était resté conseiller général !

Comme il fallait bien en sortir, un avis favorable fut donc donné par l’architecte conseil le 10 janvier 1962, mais, patatras… le financement n’était plus subventionnable par l’Etat qui donnait désormais priorité au logement ! Face au mécontentement général Quelques semaines plus tôt, le 7 février, la démission de son premier adjoint Georges Coeuret avait fait éclater au grand jour un malaise latent depuis de nombreux mois. Le 26 mars 1961, il avait déjà été mis en minorité sur l’implantation d’un nouvel atelier, et Maître Guinebault second sur la liste des adjoints succédant donc à Georges Coeuret s’était également aussitôt désolidarisé de la politique de son maire éphémère qui restera néanmoins conseiller municipal jusqu’aux élections de mars 1965. On le retrouvera ensuite au niveau social local dans le secteur des personnes âgées. Claude Cheval est décédé le 4 avril 2003 à la Guadeloupe. 

Les belles années 60

 

Ces années " de transition " sur le plan de la politique municipale n’en furent pas moins assez fertiles sur le plan économique. Même s’il n’y avait plus qu’un train de marchandises par jour à la gare, il y avait chaque mercredi plus de 1.200 animaux sur le marché. En 1962 on recensait annuellement 20.000 veaux, 20.000 porcs gras, 15.000 porcelets, 15.000 moutons et il y avait 380 artisans et commerçants dans la ville.

C’est de cette époque que date l’implantation de grandes entreprises locales qui marqueront l’économie des décennies suivantes : Allardi et Junca (1960) Ceyde-Couillard et Martinaud (1962).

Sur le plan événementiel, en 1959, le 5 septembre avait eu lieu la rentrée dans le nouveau groupe scolaire et le 4 octobre avait été commémoré le centenaire de l’hôpital-hospice.

En 1960, on avait inauguré le Centre d’Enseignement de Vulgarisation Agricole (l’école d’agriculture) sur la route des Loges au dessus de l’hôpital ; mis en service le central téléphonique ; inauguré le monument du jumelage avec Zierickzee couronné même en fin d’année (le 12 novembre) par le premier mariage entre ressortissants des deux pays (Jacobus Lokker et Simone Besnard), et la mairie s’installait rue de Paris dans l’ancienne école des filles.

En 1961, la municipalité Cheval sortait de ses cartons un projet de piscine et le 4 mai, un orage de grêle faisait 1 milliard de dégâts sur toute la région.

Le 29 juin, des manifestations paysannes animaient le centre-ville (3.000 agriculteurs voulaient prouver leur solidarité à la paysannerie Française qui dans certaines régions connaissait des problèmes d’écoulement de production et des problèmes de prix)

et le 18 septembre s’ouvrait rue Dauphine avec 240 élèves le Lycée Technique d’État de machinisme agricole (ancien centre d’apprentissage).

L’année 1962, marque à Saint-Hilaire (qui comptait 4.321 habitants) la fin de la période de la Reconstruction avec la dissolution de l’A.S.R (1) et l’achèvement des lotissements Normand, du Prieuré et de l’ensemble paroissial.

Le début des " sixties " marquait aussi l’apogée et la fin des grandes fêtes gymniques et des " lendis " qui avaient repris depuis 1948 environ. Au plan sportif encore, toute la Normandie cycliste se déplaçait au critérium du moulin de Virey pour venir admirer les champions de l’époque : Anquetil, Simpson, Bobet, Forestier, mais aussi les locaux comme Albert Bouvet ou Gégène Letendre, le tout sous le micro d’Achille Gavard, speaker mais aussi homme orchestre d’un Vélo-club, c’est le cas de le dire… rayonnant !

 

 
Par Georges DODEMAN
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Mercredi 10 septembre 2008 3 10 /09 /Sep /2008 10:33

La Reconstruction

 

Dès le dernier trimestre de 1944, Saint-Hilaire avait mis en place les premiers éléments de sa reconstruction. Encore fallait-il opter pour une idée directrice. Elle fut donnée, très clairement par le Dr Cuche " la place Nationale restera toujours le nœud vital de la cité reconstruite. Autour d’elle, les rues devront être remaniées pour rendre le centre de la ville plus accessible ". Ces critères régissent encore aujourd’hui les voies de communication de celle qu’il sut appeler d’un terme qui jusqu’à nos jours fait encore florès : la "ville de la campagne ".
Du courage, il en fallait effectivement car tout le centre n’était en cet automne 44, qu’un amas de ruines. Les déblaiements avaient lieu à la pelle et à la pioche, et avec les premiers engins aujourd’hui familiers mais qu’on découvrait alors : pelleteuses, bulldozers.
Saint-Hilaire n’avait plus d’électricité, et très vite les artisans électriciens de la localité se mirent au travail pour se relier au barrage de Vezins intact, et on imagine la joie de tous en cette fin d’automne quand ce cri se répandit comme une traînée de poudre " il y a du courant " !C’est à cette époque que les commerçants ont été installés dans deux longues baraques en bois de type cantonnement militaire implantées place des Halles face au magasin Lambert, et une troisième rue du Château Ravitailler, reconstruire, reloger, telle fut donc bien la mission de la Délégation Spéciale que nous avons vue désignée au chapitre précédent. En mars 1945, la parution du "marché dans les ruines " donna donc les grandes orientations confirmées lors des élections qui suivirent (29 avril et 13 mai) formant (le 20 mai) le premier conseil municipal de l’après-guerre.
Le 8 mai, l’église étant, on l’a vu, réduite à ses murs, ce fut la cloche du couvent des clarisses qui sonna la fin de la guerre.
Le 10 juin, la ville sinistrée reçut la visite du plus prestigieux des Français, le Général de Gaulle, accompagné du ministre de la reconstruction Raoul Dautry, ce dernier se montrant assez pessimiste puisqu’il estima qu’il faudrait plusieurs générations pour relever les murs ! sous l’impulsion du Docteur Cuche, Saint-Hilaire, qui avait pris les devants, faisant arpenter les ruines et sollicitant toutes les aides possibles, lui offrit aussitôt un cuisant démenti, faisant inaugurer par le héros de la France Libre (au 21 Boulevard Victor Hugo) la première maison relevée. Le Général de Gaulle sut noter le symbole " c’est en toute confiance que la France voit repousser sa fille Saint-Hilaire et c’est en toute confiance que vous tous, enfants de Saint-Hilaire, voyez renaître votre ville au milieu de la France qui renaît ".
En septembre, débutent les travaux de mise hors d’eau de l’église qui seront terminés en mars 47. Toujours la même année, les premières maisons doubles du bas de la rue de la République sortent de terre et seront livrées en juin 47. On démonte pour la reconstruire, l’aile gauche de l’hôpital. 1946, le plan d’urbanisme du centre ville par l’architecte Delaage est adopté et un service municipal du logement est créé.
Cette année 1946 s’ouvre alors dans un contexte difficile car les Saint-Hilairiens retombent avec passion dans les querelles politiciennes d’avant-guerre. Le projet de rattachement du quartier de la Rivière en Parigny et celui de la place du marché sont autant de pommes de discordes bien mises en exergue l’année suivante par le renouvellement du conseil municipal qui marque la fin de l’immédiat après-guerre.
Trois listes seront en présence : Cuche - Feillet -Tardif. Daniel Cuche passera 12 noms sur 21, mais obtiendra sur son nom 19 voix comme maire, tant il est vrai, qu’il est l’artisan sinon le moteur d’une reconstruction menée tambour battant.
En 1947, débute l’ère des grands travaux de reconstruction, 180 ouvriers logent rue d’Égypte pour le compte de l’O.N.C.O.R , le pont de la Paveille est remis en état, des baraques logement sont implantées Bd Gambetta (5 baraques) cité des Fleurs, la Croix Chicot face au cimetière (11 baraques françaises et 8 canadiennes) 20 maisons d’État sont achevées cité Lebreton et 3 doubles route d’Avranches. Deux baraquements sont implantés, l’un à l’entrée du jardin public pour héberger des élèves de l’école publique et l’architecte Delaage et l’autre place de l’église.
L’église est recouverte sur une charpente reconstruite en béton armé.
On prévoit 200 millions de francs de travaux et la sortie de terre du premier îlot prioritaire de 20 immeubles rue W. Rousseau et place Nationale. La première pierre en est d’ailleurs posée le 1er mai 1948, la cité Lebreton est inaugurée le même jour par le Préfet Lebas.
La visite le 21 mai du Ministre de la Reconstruction, Monsieur René Coty met en lumière la pénurie de matériaux qui frappe alors une France complètement sinistrée. L’Association Syndicale de Reconstruction est créée le 31 mai et quelques jours plus tard, le 7 juin le Président de la République Vincent Auriol fait une courte visite dans notre cité.
En mai 1949, un mois après la fondation du Syndicat d’Initiative, l’îlot numéro 1 est bien avancé. 50 immeubles en tout sont en chantier dans les 4 îlots du centre ville. La construction du groupe scolaire public ranime les passions de la guerre scolaire avec d’ardents militants des deux bords et cette année voit aussi le lancement de deux grands chantiers, dont on reparlera : l’achat des terrains Leplingard près de l’hôpital qui, avec une aide ministérielle de 23 millions, va permettre au centre d’apprentissage créé en octobre 1948 de se transformer en Centre Public d’Apprentissage de Mécanique Agricole. 240 élèves y sont attendus pour son ouverture en 1952.
Au printemps 1950 débute les travaux de reconstruction du presbytère. Au 1er octobre on inaugure la nouvelle place Louis Delaporte. Celle-ci succède à l’ancienne place des Halles, effacée par les constructions neuves, qui se situait dans l’angle formé par les actuelles rue Pontas et rue du Bassin. Bâtie sur un garage transféré rue de Paris (garage Bouleau), des jardins, des écuries, des entrepôts, elle marque l’extension vers le Nord et l’Est, au dessus de la Sélune des commerces et des services en un nouveau quartier qui n’existait pas avant-guerre.
Saint-Hilaire a entamé la moitié (34.800 m2) de sa reconstruction et le grand quotidien régional n’a pas tort d’affirmer le 22 mai " qu’on avance à pas de géant ". On vise l’achèvement des travaux en 1955 et au 31 décembre 1951, les 4/5ème de la reconstruction sont entamés, mais devant la montée en flèche du prix des loyers, les petits sinistrés hésitent encore à abandonner leurs baraques où ils ont maintenant pris leurs habitudes.

Par Georges DODEMAN
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Dimanche 13 janvier 2008 7 13 /01 /Jan /2008 09:01

Été 1944

 

Après les bombardements meurtriers du 14 juin, les combats de la Libération du 2 août n’amenèrent qu’un soulagement momentané pour les Saint-Hilairiens, qui subirent ensuite, indirectement le contre coup de la bataille de Mortain. Celle-ci échappe à l’objet de notre étude, mais ses prémisses la concernaient pourtant nommément. Seule une désobéissance du maréchal Von Kluge lui épargna, contrairement à Mortain, de se trouver de nouveau en première ligne. 

 

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Le 31 juillet, à la Magentière en Bion, furent mis au point entre le maréchal commandant du groupe d’armées B et le général Hausser, chef de la 7ème armée, les préparatifs de la contre attaque exigée par Hitler, pour fermer le goulet Avranchinais par lequel s’était déjà engouffrée l’armée Patton. Dans la nuit du 6 au 7 août, le déclenchement de cette contre-attaque provoqua un nouveau bombardement aérien de Saint-Hilaire, cette fois par les Allemands. Sans do 436.jpg ute en raison de la couverture aérienne alliée importante, il fut beaucoup moins rationnel cette fois dans l’axe hôpital-carrefour central, mais frappa de nouveau durablement les esprits, comme le précisa l’abbé Bochef, rescapé on l’a vu des terribles moments du 14 juin " si la destruction fut beaucoup plus importante les 14-15 juin, nous avons vécu le 7 août, veille du déclenchement de l’offensive allemande sur Mortain un bombardement qui dura toute la nuit, détruisit une partie de l’hôpital, fit de nouveau des morts et terrifia la population parce qu’il fut beaucoup plus long ".  

Les avions bombardèrent en effet entre 23 h et 1 h du matin, les appareils allemands tournant sans arrêt, lâchant leurs bombes à intervalles réguliers. Ils s’éloignaient, revenaient l’un après l’autre, pourchassés par la puissante DCA américaine. Deux avions allemands furent abattus lors d’un combat aérien, l’un tomba à la Besnardière en Parigny et l’autre à la Simonais aux Loges Marchis.  

Des projectiles atteignirent des quartiers jusque-là épargnés comme le Bas de la Lande, les rues de Bretagne et Féburon. Là encore, des incendies se déclarèrent instantanément qui purent être maîtrisés après de longs efforts, et des démolitions judicieuses pour faire comme on dit " la part du feu ". Fort heureusement, plusieurs bombes n’éclatèrent pas, mais le centre hospitalier dûment identifié par sa grande croix rouge fut touché. Il y eut deux morts à Saint-Hilaire, Émile David et Mme Lenoir,Vve Desfeux; trois à Lapenty, le couple Émile Hamel et leur fils, et Yvette Laisné-Mottier décédée à Virey des suites de ses blessures lors du bombardement du 14 juin.  

L’opération allemande " Luttich " (Liège), nom de la contre-attaque allemande échoua, mais sur sa fin le 10 août, une grave menace pesait de nouveau sur la ville qui devait être le premier objectif d’une ultime attaque que Hitler, mécontent de son échec des jours précédents, voulait encore lancer vers Avranches. " Le but est le même, la direction seule change " disaient les ordres complémentaires que le groupe Eberbach devait mener à partir de Domfront attaquant " par surprise, en direction du Sud-Ouest ", et donc pile sur Saint-Hilaire ! Par bonheur, Von Kluge, trouva le projet irréaliste, et dans la soirée du 11, à minuit, sans même attendre l’ordre bien improbable de décrocher qui serait venu du Führer, ordonna le repli. Et pour plus de sûreté, il ne le transmit au haut quartier général que le lendemain… Quelque part, cet acte de désobéissance devait épargner de nouvelles épreuves à une petite ville déjà durement touchée. Elle s’installa alors dans un après guerre très inconfortable.  

Avec de puissants moyens, les Américains dégageaient aussitôt les grands axes encombrés par les ruines et peu de temps après d’interminables convois pilotés à vive allure traversaient la cité qui allait alors entrer dans l’après-guerre, le maire Gustave Guérin étant alors suspendu de sa charge le 4 août par le capitaine Rousselin, officier de liaison administrative, qui chargea provisoirement le Dr Cuche de la gestion de la commune.  

Le 10 août la délégation spéciale s'installa avec à sa tête le Docteur Daniel Cuche, et comme conseillers municipaux: Maurice Cauny, Armand Papin, Charles Jaunet, Anatole Angot, Henri Charles, Gaston Esnault, Eugène Cheval, Mme Blouet, Amant Feillet, Louis Desloges. Elle tint sa première séance le 18. Cette délégation spéciale dont le Docteur Cuche était le benjamin était composée de personnes nommées pour leur participation à la Résistance ou leur réputation d’intégrité : MM. Angot, Cauny, Charles, Cheval, Jaunet, Papin, étaient déjà conseillers municipaux, et M. Feillet avait été adjoint dans les municipalités Lelièvre et Guérin.

Le 21 août, les services de la reconstruction (M.R.U) s’installaient chez Mme Guillon, rue de Bretagne jusqu’en 1947.  

La vie paroissiale s’était maintenue grâce à l’activité de l’abbé Bochef resté seul, on l’a vu, et dans quelles dramatiques conditions. Le service religieux s’était très vite organisé à Laumondais jusqu’au 6 août, avec annexes à Leplu où s’étaient repliées les Clarisses et à la Coderie. Cinq messes étant assurées chaque dimanche. La salle du patronage ou Cercle Catholique fut transformée en chapelle paroissiale en août (elle le resta jusqu’en 1952). Les Clarisses firent leur retour au monastère le 22 septembre.  

La communion solennelle 456-d--tour--.JPG qui n’avait pu, et pour cause, avoir lieu en juin fut célébrée le 24 septembre avec 132 communiants par un temps épouvantable dans le hangar de M. Lehec, rue du Gué, bâché hâtivement pour la circonstance. Le chanoine de Brix vint remplacer le 3 septembre, le doyen Roblin défunt mais il n’y fut officiellement installé que le 8 octobre, la cérémonie ayant lieu, elle aussi dans le hangar Lehec. Le président de la Délégation Spéciale, en l’accueillant, résumait bien l’ampleur de la tâche : " nous reconstruirons donc. La ville est un être vivant possédant une âme collective, tandis que nous œuvrerons sur le plan matériel, l’Église apportera son plus large concours à la difficile reconstruction des valeurs morales ".

 

Les soucis de la Délégation Spéciale, au travers des archives que nous avons pu consulter sont en effet très terre à terre : lutte contre le marché noir (lettre au préfet du 9 septembre), demandes de carburant au directeur des services agricoles de Coutances (20 septembre), réduction des contingentements de blé (lettre au préfet du 22 septembre). Les communes rurales voisines étaient accablées de réfugiés, et certaines avaient dû battre au fléau pour se procurer du blé dès maturité. Il semblait donc inutile de parler de contrainte tant que les moyens de battre (essence notamment) n’étaient pas fournis et que les boulangers de la Mayenne venaient vendre du pain dans le canton ! pas de problèmes par contre pour le cidre, les pommes et les bestiaux, tant que là encore, on ne parlait pas de réquisitions " à notre marché du 13 septembre, concluait le Dr Cuche, il y avait abondance de veaux. Au marché suivant, après annonce des opérations du ravitaillement, il n’y en avait plus … "  

La visite du commissaire régional de la République M. Bourdeau de Fontenay, accompagné du préfet Lebas, le 10 octobre, permit outre les festivités joyeuses de la liberté retrouvée, de faire le point sur d’importantes mesures administratives prises peu de temps auparavant. L’office de relogement avait été créé le 2 septembre, immédiatement suivi le 6 de l’établissement d’un plan topographique des ruines.

  Le déblaiement avait commencé très vite, et le premier programme de reconstruction d’urgence fut décidé le 11 novembre sous les auspices de l’ingénieur TPE Jacquet. Entre temps plusieurs décisions urgentes avaient été prises : école des garçons transférée au Sacré-Cœur, deux classes des écoles privées installées chez M. Pioger rue de Paris, et rentrée pour tous, après de très longues vacances, le 6 novembre.

  La vie économique reprenait avec une salle de l’hôpital réservée à la banque Société Générale, les services architecture-urbanisme logés au 27 rue de Bretagne, la pharmacie Guérin transférée Bld Gambetta, la pharmacie Tharaux chez Mme Chaumont rue de la République, la pharmacie Courtois chez Mr Lesage rue de Paris, les PTT dans l’immeuble Feuillet rue d’Evreu, et même le cabinet dentaire Jamot dans la partie Sud de l’Hôpital.  

En décembre démarrèrent les premiers baraquements pour les commerçants.  

Comme partout en France, à la même époque, celle dite de " l’épuration ", se réglèrent à Saint-Hil undefined aire quelques comptes. Il y eut quelques femmes tondues qui avaient eu le malheur d’approcher de trop près l’occupant, mais peu de cas de collaboration notoire comme celui raconté dans le chapitre Résistance. Pour cette dernière, et pour clarifier qui, vraiment avait fait quoi, le 25 août 45, le comité de libération du canton adressa au président de la commission militaire de la Manche la listede tous ceux qui, de son avis, pouvaient prétendre à l’attribution de l’insigne FFI. Ils étaient 21, représentant les deux grandes tendances à Saint-Hilaire (groupes Blouet et Cheval) qui, comme on l’a vu, furent les grands acteurs de la période mouvementée de mars à août 44.

   

 

Par Georges DODEMAN - Publié dans : over.bog.com
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