Mercredi 10 septembre 2008

La Reconstruction

 

Dès le dernier trimestre de 1944, Saint-Hilaire avait mis en place les premiers éléments de sa reconstruction. Encore fallait-il opter pour une idée directrice. Elle fut donnée, très clairement par le Dr Cuche " la place Nationale restera toujours le nœud vital de la cité reconstruite. Autour d’elle, les rues devront être remaniées pour rendre le centre de la ville plus accessible ". Ces critères régissent encore aujourd’hui les voies de communication de celle qu’il sut appeler d’un terme qui jusqu’à nos jours fait encore florès : la "ville de la campagne ".
Du courage, il en fallait effectivement car tout le centre n’était en cet automne 44, qu’un amas de ruines. Les déblaiements avaient lieu à la pelle et à la pioche, et avec les premiers engins aujourd’hui familiers mais qu’on découvrait alors : pelleteuses, bulldozers.
Saint-Hilaire n’avait plus d’électricité, et très vite les artisans électriciens de la localité se mirent au travail pour se relier au barrage de Vezins intact, et on imagine la joie de tous en cette fin d’automne quand ce cri se répandit comme une traînée de poudre " il y a du courant " !C’est à cette époque que les commerçants ont été installés dans deux longues baraques en bois de type cantonnement militaire implantées place des Halles face au magasin Lambert, et une troisième rue du Château Ravitailler, reconstruire, reloger, telle fut donc bien la mission de la Délégation Spéciale que nous avons vue désignée au chapitre précédent. En mars 1945, la parution du "marché dans les ruines " donna donc les grandes orientations confirmées lors des élections qui suivirent (29 avril et 13 mai) formant (le 20 mai) le premier conseil municipal de l’après-guerre.
Le 8 mai, l’église étant, on l’a vu, réduite à ses murs, ce fut la cloche du couvent des clarisses qui sonna la fin de la guerre.
Le 10 juin, la ville sinistrée reçut la visite du plus prestigieux des Français, le Général de Gaulle, accompagné du ministre de la reconstruction Raoul Dautry, ce dernier se montrant assez pessimiste puisqu’il estima qu’il faudrait plusieurs générations pour relever les murs ! sous l’impulsion du Docteur Cuche, Saint-Hilaire, qui avait pris les devants, faisant arpenter les ruines et sollicitant toutes les aides possibles, lui offrit aussitôt un cuisant démenti, faisant inaugurer par le héros de la France Libre (au 21 Boulevard Victor Hugo) la première maison relevée. Le Général de Gaulle sut noter le symbole " c’est en toute confiance que la France voit repousser sa fille Saint-Hilaire et c’est en toute confiance que vous tous, enfants de Saint-Hilaire, voyez renaître votre ville au milieu de la France qui renaît ".
En septembre, débutent les travaux de mise hors d’eau de l’église qui seront terminés en mars 47. Toujours la même année, les premières maisons doubles du bas de la rue de la République sortent de terre et seront livrées en juin 47. On démonte pour la reconstruire, l’aile gauche de l’hôpital. 1946, le plan d’urbanisme du centre ville par l’architecte Delaage est adopté et un service municipal du logement est créé.
Cette année 1946 s’ouvre alors dans un contexte difficile car les Saint-Hilairiens retombent avec passion dans les querelles politiciennes d’avant-guerre. Le projet de rattachement du quartier de la Rivière en Parigny et celui de la place du marché sont autant de pommes de discordes bien mises en exergue l’année suivante par le renouvellement du conseil municipal qui marque la fin de l’immédiat après-guerre.
Trois listes seront en présence : Cuche - Feillet -Tardif. Daniel Cuche passera 12 noms sur 21, mais obtiendra sur son nom 19 voix comme maire, tant il est vrai, qu’il est l’artisan sinon le moteur d’une reconstruction menée tambour battant.
En 1947, débute l’ère des grands travaux de reconstruction, 180 ouvriers logent rue d’Égypte pour le compte de l’O.N.C.O.R , le pont de la Paveille est remis en état, des baraques logement sont implantées Bd Gambetta (5 baraques) cité des Fleurs, la Croix Chicot face au cimetière (11 baraques françaises et 8 canadiennes) 20 maisons d’État sont achevées cité Lebreton et 3 doubles route d’Avranches. Deux baraquements sont implantés, l’un à l’entrée du jardin public pour héberger des élèves de l’école publique et l’architecte Delaage et l’autre place de l’église.
L’église est recouverte sur une charpente reconstruite en béton armé.
On prévoit 200 millions de francs de travaux et la sortie de terre du premier îlot prioritaire de 20 immeubles rue W. Rousseau et place Nationale. La première pierre en est d’ailleurs posée le 1er mai 1948, la cité Lebreton est inaugurée le même jour par le Préfet Lebas.
La visite le 21 mai du Ministre de la Reconstruction, Monsieur René Coty met en lumière la pénurie de matériaux qui frappe alors une France complètement sinistrée. L’Association Syndicale de Reconstruction est créée le 31 mai et quelques jours plus tard, le 7 juin le Président de la République Vincent Auriol fait une courte visite dans notre cité.
En mai 1949, un mois après la fondation du Syndicat d’Initiative, l’îlot numéro 1 est bien avancé. 50 immeubles en tout sont en chantier dans les 4 îlots du centre ville. La construction du groupe scolaire public ranime les passions de la guerre scolaire avec d’ardents militants des deux bords et cette année voit aussi le lancement de deux grands chantiers, dont on reparlera : l’achat des terrains Leplingard près de l’hôpital qui, avec une aide ministérielle de 23 millions, va permettre au centre d’apprentissage créé en octobre 1948 de se transformer en Centre Public d’Apprentissage de Mécanique Agricole. 240 élèves y sont attendus pour son ouverture en 1952.
Au printemps 1950 débute les travaux de reconstruction du presbytère. Au 1er octobre on inaugure la nouvelle place Louis Delaporte. Celle-ci succède à l’ancienne place des Halles, effacée par les constructions neuves, qui se situait dans l’angle formé par les actuelles rue Pontas et rue du Bassin. Bâtie sur un garage transféré rue de Paris (garage Bouleau), des jardins, des écuries, des entrepôts, elle marque l’extension vers le Nord et l’Est, au dessus de la Sélune des commerces et des services en un nouveau quartier qui n’existait pas avant-guerre.
Saint-Hilaire a entamé la moitié (34.800 m2) de sa reconstruction et le grand quotidien régional n’a pas tort d’affirmer le 22 mai " qu’on avance à pas de géant ". On vise l’achèvement des travaux en 1955 et au 31 décembre 1951, les 4/5ème de la reconstruction sont entamés, mais devant la montée en flèche du prix des loyers, les petits sinistrés hésitent encore à abandonner leurs baraques où ils ont maintenant pris leurs habitudes.

Par Georges DODEMAN
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Dimanche 13 janvier 2008

Été 1944

 

Après les bombardements meurtriers du 14 juin, les combats de la Libération du 2 août n’amenèrent qu’un soulagement momentané pour les Saint-Hilairiens, qui subirent ensuite, indirectement le contre coup de la bataille de Mortain. Celle-ci échappe à l’objet de notre étude, mais ses prémisses la concernaient pourtant nommément. Seule une désobéissance du maréchal Von Kluge lui épargna, contrairement à Mortain, de se trouver de nouveau en première ligne. 

 

00001--3894-.jpeg

 

Le 31 juillet, à la Magentière en Bion, furent mis au point entre le maréchal commandant du groupe d’armées B et le général Hausser, chef de la 7ème armée, les préparatifs de la contre attaque exigée par Hitler, pour fermer le goulet Avranchinais par lequel s’était déjà engouffrée l’armée Patton. Dans la nuit du 6 au 7 août, le déclenchement de cette contre-attaque provoqua un nouveau bombardement aérien de Saint-Hilaire, cette fois par les Allemands. Sans do 436.jpg ute en raison de la couverture aérienne alliée importante, il fut beaucoup moins rationnel cette fois dans l’axe hôpital-carrefour central, mais frappa de nouveau durablement les esprits, comme le précisa l’abbé Bochef, rescapé on l’a vu des terribles moments du 14 juin " si la destruction fut beaucoup plus importante les 14-15 juin, nous avons vécu le 7 août, veille du déclenchement de l’offensive allemande sur Mortain un bombardement qui dura toute la nuit, détruisit une partie de l’hôpital, fit de nouveau des morts et terrifia la population parce qu’il fut beaucoup plus long ".  

Les avions bombardèrent en effet entre 23 h et 1 h du matin, les appareils allemands tournant sans arrêt, lâchant leurs bombes à intervalles réguliers. Ils s’éloignaient, revenaient l’un après l’autre, pourchassés par la puissante DCA américaine. Deux avions allemands furent abattus lors d’un combat aérien, l’un tomba à la Besnardière en Parigny et l’autre à la Simonais aux Loges Marchis.  

Des projectiles atteignirent des quartiers jusque-là épargnés comme le Bas de la Lande, les rues de Bretagne et Féburon. Là encore, des incendies se déclarèrent instantanément qui purent être maîtrisés après de longs efforts, et des démolitions judicieuses pour faire comme on dit " la part du feu ". Fort heureusement, plusieurs bombes n’éclatèrent pas, mais le centre hospitalier dûment identifié par sa grande croix rouge fut touché. Il y eut deux morts à Saint-Hilaire, Émile David et Mme Lenoir,Vve Desfeux; trois à Lapenty, le couple Émile Hamel et leur fils, et Yvette Laisné-Mottier décédée à Virey des suites de ses blessures lors du bombardement du 14 juin.  

L’opération allemande " Luttich " (Liège), nom de la contre-attaque allemande échoua, mais sur sa fin le 10 août, une grave menace pesait de nouveau sur la ville qui devait être le premier objectif d’une ultime attaque que Hitler, mécontent de son échec des jours précédents, voulait encore lancer vers Avranches. " Le but est le même, la direction seule change " disaient les ordres complémentaires que le groupe Eberbach devait mener à partir de Domfront attaquant " par surprise, en direction du Sud-Ouest ", et donc pile sur Saint-Hilaire ! Par bonheur, Von Kluge, trouva le projet irréaliste, et dans la soirée du 11, à minuit, sans même attendre l’ordre bien improbable de décrocher qui serait venu du Führer, ordonna le repli. Et pour plus de sûreté, il ne le transmit au haut quartier général que le lendemain… Quelque part, cet acte de désobéissance devait épargner de nouvelles épreuves à une petite ville déjà durement touchée. Elle s’installa alors dans un après guerre très inconfortable.  

Avec de puissants moyens, les Américains dégageaient aussitôt les grands axes encombrés par les ruines et peu de temps après d’interminables convois pilotés à vive allure traversaient la cité qui allait alors entrer dans l’après-guerre, le maire Gustave Guérin étant alors suspendu de sa charge le 4 août par le capitaine Rousselin, officier de liaison administrative, qui chargea provisoirement le Dr Cuche de la gestion de la commune.  

Le 10 août la délégation spéciale s'installa avec à sa tête le Docteur Daniel Cuche, et comme conseillers municipaux: Maurice Cauny, Armand Papin, Charles Jaunet, Anatole Angot, Henri Charles, Gaston Esnault, Eugène Cheval, Mme Blouet, Amant Feillet, Louis Desloges. Elle tint sa première séance le 18. Cette délégation spéciale dont le Docteur Cuche était le benjamin était composée de personnes nommées pour leur participation à la Résistance ou leur réputation d’intégrité : MM. Angot, Cauny, Charles, Cheval, Jaunet, Papin, étaient déjà conseillers municipaux, et M. Feillet avait été adjoint dans les municipalités Lelièvre et Guérin.

Le 21 août, les services de la reconstruction (M.R.U) s’installaient chez Mme Guillon, rue de Bretagne jusqu’en 1947.  

La vie paroissiale s’était maintenue grâce à l’activité de l’abbé Bochef resté seul, on l’a vu, et dans quelles dramatiques conditions. Le service religieux s’était très vite organisé à Laumondais jusqu’au 6 août, avec annexes à Leplu où s’étaient repliées les Clarisses et à la Coderie. Cinq messes étant assurées chaque dimanche. La salle du patronage ou Cercle Catholique fut transformée en chapelle paroissiale en août (elle le resta jusqu’en 1952). Les Clarisses firent leur retour au monastère le 22 septembre.  

La communion solennelle 456-d--tour--.JPG qui n’avait pu, et pour cause, avoir lieu en juin fut célébrée le 24 septembre avec 132 communiants par un temps épouvantable dans le hangar de M. Lehec, rue du Gué, bâché hâtivement pour la circonstance. Le chanoine de Brix vint remplacer le 3 septembre, le doyen Roblin défunt mais il n’y fut officiellement installé que le 8 octobre, la cérémonie ayant lieu, elle aussi dans le hangar Lehec. Le président de la Délégation Spéciale, en l’accueillant, résumait bien l’ampleur de la tâche : " nous reconstruirons donc. La ville est un être vivant possédant une âme collective, tandis que nous œuvrerons sur le plan matériel, l’Église apportera son plus large concours à la difficile reconstruction des valeurs morales ".

 

Les soucis de la Délégation Spéciale, au travers des archives que nous avons pu consulter sont en effet très terre à terre : lutte contre le marché noir (lettre au préfet du 9 septembre), demandes de carburant au directeur des services agricoles de Coutances (20 septembre), réduction des contingentements de blé (lettre au préfet du 22 septembre). Les communes rurales voisines étaient accablées de réfugiés, et certaines avaient dû battre au fléau pour se procurer du blé dès maturité. Il semblait donc inutile de parler de contrainte tant que les moyens de battre (essence notamment) n’étaient pas fournis et que les boulangers de la Mayenne venaient vendre du pain dans le canton ! pas de problèmes par contre pour le cidre, les pommes et les bestiaux, tant que là encore, on ne parlait pas de réquisitions " à notre marché du 13 septembre, concluait le Dr Cuche, il y avait abondance de veaux. Au marché suivant, après annonce des opérations du ravitaillement, il n’y en avait plus … "  

La visite du commissaire régional de la République M. Bourdeau de Fontenay, accompagné du préfet Lebas, le 10 octobre, permit outre les festivités joyeuses de la liberté retrouvée, de faire le point sur d’importantes mesures administratives prises peu de temps auparavant. L’office de relogement avait été créé le 2 septembre, immédiatement suivi le 6 de l’établissement d’un plan topographique des ruines.

  Le déblaiement avait commencé très vite, et le premier programme de reconstruction d’urgence fut décidé le 11 novembre sous les auspices de l’ingénieur TPE Jacquet. Entre temps plusieurs décisions urgentes avaient été prises : école des garçons transférée au Sacré-Cœur, deux classes des écoles privées installées chez M. Pioger rue de Paris, et rentrée pour tous, après de très longues vacances, le 6 novembre.

  La vie économique reprenait avec une salle de l’hôpital réservée à la banque Société Générale, les services architecture-urbanisme logés au 27 rue de Bretagne, la pharmacie Guérin transférée Bld Gambetta, la pharmacie Tharaux chez Mme Chaumont rue de la République, la pharmacie Courtois chez Mr Lesage rue de Paris, les PTT dans l’immeuble Feuillet rue d’Evreu, et même le cabinet dentaire Jamot dans la partie Sud de l’Hôpital.  

En décembre démarrèrent les premiers baraquements pour les commerçants.  

Comme partout en France, à la même époque, celle dite de " l’épuration ", se réglèrent à Saint-Hil undefined aire quelques comptes. Il y eut quelques femmes tondues qui avaient eu le malheur d’approcher de trop près l’occupant, mais peu de cas de collaboration notoire comme celui raconté dans le chapitre Résistance. Pour cette dernière, et pour clarifier qui, vraiment avait fait quoi, le 25 août 45, le comité de libération du canton adressa au président de la commission militaire de la Manche la listede tous ceux qui, de son avis, pouvaient prétendre à l’attribution de l’insigne FFI. Ils étaient 21, représentant les deux grandes tendances à Saint-Hilaire (groupes Blouet et Cheval) qui, comme on l’a vu, furent les grands acteurs de la période mouvementée de mars à août 44.

   

 

Par Georges DODEMAN - Publié dans : over.bog.com
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Vendredi 7 juillet 2006

Comment m'est venue l'idée d'écrire un livre sur ma ville

SAINT HILAIRE DU HARCOUËT ?

 

   Au départ, je n'ai pas de prédisposition d'historien, je suis collectionneur de cartes postales anciennes.
   Cette passion a commencé il y a une dizaine d'années à l'occasion d'une brocante à la Chapelle Urée, petit village prés du Grand Celland (Manche).
J'ai eu la chance de trouver quelques cartes de mon village natal Montgothier, mais trés vite j'ai élargi ma recherche au canton d'Isigny le Buat, puis ensuite de Saint-Hilaire.  mais que faire de tous ces magnifiques clichés ?
  En 2000, je propose à l'Office de Tourisme d'organiser une exposition sur le thème " A la recherche du temps passé" avec la participation de toutes les communes du canton. L'exposition obtient un succés important avec une fréquentation de 5000 personnes sur 2 semaines.

   Au passage de l'an 2000, de la rencontre de passionnés d'histoire locale venus d'horizons différents est née l'idée de ce livre : « Saint-Hilaire au fil du temps ». Je pensais d'abord me limiter à l'histoire contemporaine, au XXème siècle. Il est riche en événements majeurs qui on bouleversé la ville (bombardements, reconstruction) et aussi en profondes mutations socio-économiques, en nouvelles technologies qui ont donné à l'agriculture, aux communications, aux conditions de la vie quotidienne et, partant, aux moeurs un nouveau visage. Dans cette perspective, il devenait difficile de commencer notre ouvrage en 1900. Sans  vouloir copier d'illustres prédécesseurs, comme l'Abbé Cosson, il fallait prendre en compte les enseignements du passé porteurs des prémices annonçant, parfois expliquant, ce siècle.

    Je me suis donc attelé à ce « fil rouge » chronologique à partir d'une énorme base de documentation accumulée au fil des ans et mise à la disposition d'un journaliste encore en activité, Pierre Lefeuvre, mais fortement sensibilisé à l'histoire locale par la tenue d'une rubrique sur le sujet depuis des années dans l'hebdomadaire du cru. Ce tandem se complétant harmonieusement par le témoignage et la rigueur historique sur la période contemporaine d'un  Saint-Hilairien, Roger Blanchais, doté d'une longue expérience d'élu de la Ville.

   Nous aurions pu, accumuler les photos de classes, de conscrits, envisager d'aller jusqu'au canton, ne serait-ce que pour élargir les pôles d'intérêt. La somme de documentation disponible nous a vite recadrés à l'objectif initial : la ville de Saint-Hilaire. Peut-être demain, si la nécessité s'en fait sentir nous étudierons dans un autre ouvrage la vie associative de ce siècle, par force seulement effleurée dans cette édition. Nous n'en sommes pas encore là, et nous espérons seulement, à travers le fruit de ce travail véritablement d'équipe, commencé au Printemps 2003, avoir aidé à la compréhension d'une communauté humaine finalement assez originale.

   Au carrefour des trois provinces, Saint-Hilaire n'avait pas forcément les atouts administratifs de certaines voisines mieux dotées par l'Ancien Régime, puis la République naissante. Ville de passage, donc de commerce, à l'esprit plus ouvert comme ses élus largement « progressistes », elle fut une des premières à avoir l'électricité, le chemin de fer, quelques usines, sans perdre sa spécificité de pôle rural si bien résumé par la belle formule née après-guerre de « ville de la campagne ». Elle sut se relever de ses ruines et rebondir, et est devenue grâce à sa dynamique de progrès intacte, malgré la conjoncture guère favorable, après Avranches (qui regarde vers la côte, et guère  vers son arrière pays) la vraie capitale actuelle du Sud-Manche.

 

 LE LIVRE "SAINT HILAIRE AU FIL DU TEMPS" EST DISPONIBLE EN MAIRIE,A L'OFFICE DE TOURISME ET DANS LES LIBRAIRIES DE SAINT HILAIRE DU HARCOUET AU PRIX DE 30 euros + 8 euros FRAIS D EXPEDITION

 

VOUS SOUHAITEZ RECEVOIR LE LIVRE ADRESSEZ MOI UN MESSAGE     
g.dodeman@wanadoo.fr

  C'est à partir de cette époque que l'idée m'est venue d'écrire un livre sur l'histoire de Saint-Hilaire, ayant en ma possession suffisement de photos et de cartes postales pour illustrer l'ouvrage. 
   Maintenant le plus difficile restait à venir : retrouver le peu de livres ayant déjà traité du sujet, consulter aux archives départementales de St Lô tous les journaux du "Glaneur de la Manche" depuis sa parution en  1878, prendre en compte toutes les "Gazette de la Manche" depuis 1947, consulter de nombreuses personnes ayant des connaissances sur des sujets bien précis, etc..
  Aprés la création d'une base de données importantes de plus de 2000 photos, je décidais il y a 4 ans d'écrire la biograhie de Saint-Hilaire depuis son origine, en 1083, juqu'à maintenant. 

Par DODEMAN Georges - Publié dans : over.bog.com
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Jeudi 6 juillet 2006

1083

  est la date communément retenue de la naissance de Saint-Hilaire. C'est celle, officielle, du moment où s'associent la puissance militaire du duc de Normandie et la puissance économique montante de l'Église avec ses abbayes naissantes. Sur les terres de celles-ci, le hameau de Laumondais et le petit monastère du Prieuré se placent sous la protection du château qui se bâtit à la confluence de deux rivières impétueuses, la Sélune et l'Airon, et rassemble autour de lui peu à peu une nouvelle agglomération. Nous sommes encore loin des villes que sont déjà Avranches, Mortain, voire Saint James , mais tout semble réuni pour favoriser le destin de la petite cité naissante. 

    Remontons cependant un peu le temps. Contrairement à Avranches, cité gallo-romaine avérée par les textes, mais aussi par les fouilles des XIXème et XXème siècle, rien n'indique ici un antique peuplement. Toute la région a certes été pacifiée et structurée à l'époque gallo-romaine. On y a construit des voies, des relais d'étapes, certainement les premiers défrichements, mais l'anarchie du Bas-Empire a  sûrement effacé ou pour le moins estompé ces premiers efforts de civilisation. La christianisation qui se développe au Vème siècle, puis l'administration carolingienne redonnent un cadre à ces populations éparses dont la relative tranquillité est respectée jusqu'à la fin du VIIIème siècle. Ensuite débutent les invasions vikings qui vont remodeler puissamment tout l'Ouest du pays.     

    Depuis 867, les Bretons sont chargés de défendre le Cotentin. En 911, Charles le Simple décide de vaincre le mal par le mal. Par le traité de St Clair sur Epte, il cède ce qui sera la « Normandie » à un chef Normand, Rolf le Marcheur, le futur Rollon qui accepte le baptême. En 933, son fils Guillaume longue épée obtient le Cotentin et l'Avranchin, à charge pour lui d'en repousser les Bretons qui tentaient d?agrandir leur pré carré. La future Normandie, entre Bresle et Couesnon prend forme. La confluence de la Sélune et de l'Airon est aussi celle de plusieurs anciennes voies très fréquentées qui passent aux pieds de la  presqu'île, futur emplacement de la ville. 

      Le contexte militaire qui a présidé à la fondation de la ville apparaît d'entrée du fait qu'elle ne possède pas de seigneur originel et que Robert Comte de Mortain y nomme directement un de ses compagnons Harsculphe. Dans le même temps pour dynamiser l'établissement naissant, il faisait donner du terrain (une vergée de terre soit 2000 m2, ce qui prouve que le pays n'était guère peuplé), à chaque personne venant s'y établir.   

     Harsculphe, originaire de Saint-James (fortifiée en 1065), participa à la conquête de l'Angleterre, il signa de nombreuses chartes et mourut sans doute très âgé en 1130.

 

 photo ci-contre : Guillaume le Conquérant entouré de l'Evêque Odon et de son demi-frère Robert, Comte de Mortain, fondateur de la ville de Saint Hilaire (détail de la tapisserie de Bayeux).

 

 

 

   LA CHAPELLE SAINT-YVES 

       

 

 

   LA GUERRE DE CENT ANS                 

    La guerre de Cent ans où s'illustre Du Guesclin amène son lot de désolation : Saint-Hilaire est submergé par l'invasion des Anglais en 1425 et Guillaume Montquin,  chevalier Anglais, en renforce les défenses (comme celles de Saint-James), notamment avec une demi-lune signalée comme « rue de la Bretaiche » (actuelle rue Lecroisey). La place est reconquise en 1449 par le parti Français, sans doute en ayant subi de grosses démolitions du fait de l'artillerie naissante. On peut dater de cette période la reconstruction au château du grand corps du logis désigné comme « de présent en ruines » en 1601.

Le fief est revenu aux de la Ferrière qui se ruinent dans les guerres d'Italie et par une vie fastueuse à la cour sous François 1er et Henri II et ils le vendent (3.343 écus) aux de Poilley (1598-1601) grand bailli de Mortain.  Le bourg partiellement incendié en 1488 avait été refait, mais manoir et colombier étaient en ruines. Outre le marché du mercredi, on note 4 grandes foires : Saint-Martin, Saint-Blaise, Pâques fleuries et Saint-Gilles. On vit sous la coutume de Normandie avec clameur de haro, droit de justice patibulaire pour un grand fief qui a peu ou prou les mêmes possessions au Mesnil-Bœufs, où les de Goué font aveu, Navetel aux Gosselin, le Fresnet aux Poret, les Brullais en Sourdeval aux Lebreton, le Mesnil-Rainfray aux Guirault.

 

   Militaires et diplomates, les de Poilley étaient des personnages considérables, Jean était le fils d'un colonel d'Henri II mortellement blessé au siège de Poitiers que son alliance avec Jeanne Lemoyne, de Sourdeval, dame d'honneur de la reine Louise avait amené dans le comté de Mortain. Il avait succédé à son beau-père comme grand bailli du comté. Une grosse charge, soit l'exercice au nom du roi de la puissance militaire, judiciaire et en partie financière de toute la région. Jean de Poilley (qui meurt en 1625), gentilhomme de la Chambre, conseiller d'état et privé avait négocié au nom du Roi avec le duc de Mercoeur, représentant la Ligue et en récompense, Poilley avait été érigé en baronnie. Son fils Henri, élevé avec le dauphin, futur Louis XIII, porta l'épée aux sièges de Montauban et de Montpellier. Estropié à vie en 1622 au siège de la Rochelle, tué à Damvilliers en 1637, il avait épousé Jeanne Louise de Péricard dont le père était ambassadeur en Flandres et conseiller d'état du roi. Leur enfant, François (mort en 1677) fut le 3ème grand bailli du nom à Mortain en un demi-siècle avant Louis Henri, marquis en 1691, dont la fille épousa en 1697 Pierre Guy du Bourblanc, marquis d'Apreville. 

   Si les de Poilley, ont peu résidé au château de Saint-Hilaire, on l'a vu en mauvais état lors de l'achat, ils l'ont assurément rénové et modifié selon le goût du XVIIème siècle, travaux sans doute achevés vers 1650, mais il n'abritait pas grand monde comme le montre ce fait divers de septembre 1641 où un gentilhomme de Condé, le sieur de Samoy qui s'en retournait de Rennes avec une suite peu nombreuse fut pris à partie à l'hôtellerie de la Croix Blanche par une troupe de mauvais sujets entraînés par un angevin nommé d'Aubigny. Ils furent poursuivis jusqu'au château où ils vinrent chercher refuge près de la comtesse douairière Jeanne Louise de Péricard. Il n'y avait avec elle que deux demoiselles, quelques servantes et pour seul homme de la maisonnée, un vieux jardinier nommé Roussel que les malandrins prirent même en otage, le sieur de Samoy ayant heureusement filé à l'anglaise par une porte dérobée…   

  Saint-Hilaire, s'est  particulièrement développé après  le rattachement de la Bretagne à la France, retrouvant au plan économique ce qu'elle avait perdu au militaire. Quelques chiffres le montrent : en 1396, Saint-Hilaire n'était sans doute imposé que de 42 livres quand Avranches l'était à 92… mais ses plus proches voisins, Parigny et Martigny ne l'étaient qu'à 20 !  

    Côté clergé, le 1er août 1696 à l'occasion de la visite pastorale du savant évêque d’Avranches Daniel Huet, il y avait 3 confréries (du St Sacrement, du Rosaire, du Scapulaire) et deux chapelles en exercice : St Blaise et St Yves. 

   A la fin du XVIIème siècle, on comptait 1.212 habitants et, l'intendant Foucault notait que tous les ponts étaient en bois et en mauvais état, que la réparation des grands chemins s'imposait car ils étaient devenus impraticables, ils empêchaient le transport des denrées et ruinaient le commerce.  

    A partir de 1750, la population s'accroît fortement comme il n'y a pas d'industries notables et seulement 32 artisans, on peut donc penser qu'avec l'amélioration des voies de communication, les marchés et foires se sont intensément développés, ce que semble indiquer l'imposition des propriétaires de la commune : 90 livres, c'est la plus grosse somme de l'élection de Mortain, loin devant Brécey (30 livres) ou Isigny (12 livres) en 1749.  

    Dans cette période de stabilité, plusieurs de ses enfants deviendront des personnalités de premier plan :  

  Nicolas Montier, curé de 1676 à 1696 qui, de son temps passait pour un saint.     Jean Pontas (1638-1728) célèbre casuiste.  

  Jacques-Anne Lerebours-Pigeonnière (1740-1826), député et longtemps juge de paix du canton.     Charles Marie du Bourblanc, dernier possesseur du château de Saint-Hilaire.  

  François Bécherel, né à Saint-Hilaire en 1732, curé de St Loup et évêque de Valence en 1815 connut la période révolutionnaire.

 

 

                                                        LA REVOLUTION

 

 

       Bouleversement à la fois administratif et social, la Révolution ne s’est pas faite au début dans la violence, ni à Saint-Hilaire, ni ailleurs dans ce département dont les trois ordres des bailliages du Cotentin et de l’Avranchin s’étaient réunis à Coutances, dans la nef de la cathédrale, le 16 mars 1789. Ensuite, le changement alla bon train, le Tiers État se déclarant en Constituante le 9 juillet, et les biens du clergé confisqués le 2 novembre pour garantir les assignats.

A Saint-Hilaire, la première séance des citoyens dits « actifs » eut lieu dans la vieille église le 9 décembre 1790 sous la présidence du notaire Denis Bréhier qui devint le premier maire « républicain », succédant à Jacques-Anne Lerebours Pigeonnière, premier « maire  » à l’établissement des municipalités en 1787. M. Lerebours, qui était avocat depuis 20 ans au bailliage, devint membre de la première administration départementale, juge au District de Mortain, et le 10 septembre 1791 député à l’assemblée législative.  

   Les premières déclarations, toutes empreintes d’Égalité et contre « le préjugé barbare de la naissance » suffirent à alarmer une ancienne noblesse encore bien présente, les Corbelin ou Corbin, Fortin, et bien sûr le seigneur du lieu, Charles Marie Henri du Bourblanc d’Apreville, officier de Marine qui s’était marié un an plus tôt (16 mars 1790) avec la fille du marquis de Géraldin, grand bailli de Mortain et dont les possessions s’étendaient sur Buais, Saint Symphorien, Lapenty. Il émigra donc en 1791, sage décision, pour ne revenir à Saint-Hilaire que onze ans plus tard en 1802. On verra par la suite, à la Restauration, après son décès que c’est, des dispositions prises sur son ancien domaine que se dessina le visage du Saint-Hilaire d’aujourd’hui.  

  Le curé Crespin qui attendait le doyenné depuis 1783 s'est prononcé résolument contre la Constitution civile du clergé, tout comme les autres prêtres du canton. Le 13 août 1791, à la faveur d'un orage, le doyen et ses vicaires s'échappent secrètement vers la Grande-Bretagne, tout comme le châtelain du Bourblanc.

  

 

 

  LA CHOUANNERIE 

 

     En octobre 1793, Joseph Bécherel, Président des administrateurs du district de Mortain, intima l’ordre à Denis Bréhier d’effectuer l’inventaire du château du « ci-devant du Bourblanc, émigré ». En avril, il avait fallu procéder de même pour la vente du mobilier laissé au château du Jardin par Madame de la Champagne, elle aussi partie à l’étranger. A la fin de cette  « année terrible » 1793, ce fut le passage de l’armée vendéenne dans sa fameuse « virée de Galerne » qui mit en ébullition toute la région, mais épargna Saint-Hilaire puisqu’elle passa à l’aller par Fougères - Saint James –Pontorson - Avranches avant de buter sur le siège de Granville, puis Granville – Avranches – Pontorson – Dol - Antrain, au retour.  

    A la disette, s’ajoutèrent ensuite les affres de la guerre civile (1) et les combats de la chouannerie naissante. Prêtres « intrus » et « réfractaires » se disputèrent les faveurs de la population, largement fidèle en fait à la foi de ses ancêtres. Saint-Hilaire fut marquée par l’apostolat clandestin du curé Prével, tué plus tard en 1795 aux Biards, et, c’est dans ses murs que vint agoniser mi-1794 l’abbé Guérin, malade, intercepté chez lui au Mesnil-Thébault par les patriotes de Virey. Les campagnes étaient largement acquises à la cause royaliste, les communes, et plus encore les chefs-lieux, dotés d’une Garde Nationale, milice communale active sillonnèrent en tous sens la région, et en particulier les « colonnes mobiles » constituées de leurs éléments les plus jeunes et les plus motivés. Ils furent donc en première ligne lorsqu’il fallut affronter les Chouans comme en 1797, où au nombre de 300, les Républicains Saint-Hilairiens tentèrent de bloquer Saulcet, un lieutenant de du Boisguy faisant halte au Mesnil-Bœufs avec un chargement de munitions débarquées par les Anglais entre Carolles et Granville. Alertés par le tocsin qui battait sans cesse aux alentours, les chouans montèrent une embuscade meurtrière au Petit-Jésus, et les territoriaux formant la tête de colonne, en se rejetant avec précipitation sur les troupes de ligne, les entraînèrent dans leur déroute jusqu’à Saint-Hilaire. 

    Toute cette période a marqué la mémoire populaire, largement enjolivée par la légende, voire l’imagination d’écrivains féconds. C’est au Chêne-Cornard, entre Martigny et la Valtorine en Parigny que l'on place l'épisode fort controversé de l’assassinat du laboureur Boutry dont le méchant républicain Lalonde convoitait la chaste fiancée. Et sur la route de Saint-James, au Vérolay (actuellement la carrière du Vauroux) l’éminent historien, le chanoine Bindet de Virey a fait litière du joli conte de la « roche » ou de la « tonnelle aux Chouans », né sous la plume, en 1887 de l’homme de lettres Henri Datin. Là aussi, il s’agit d’une idylle contrariée, et se terminant tragiquement entre un noble émigré, revenu chouanner au pays et une promise poursuivie par les assiduités d’un ignoble patriote, et qui préfère rejoindre l’élu de son cœur dans la mort. « Que l’histoire est donc difficile à établir lorsque les romanciers s’en mêlent » put ajouter l’érudit historien de Virey, faisant remarquer que Barbey d’Aurevilly avait employé les mêmes procédés pour magnifier le rôle du chevalier des Touches…  En 1799, les Chouans menaçaient malgré tout encore la ville, en témoignent plusieurs lettres de l’administration municipale qui, en 1800 passa sous l’autorité du Docteur Jean-Marie Delaroche. Le danger s’éloignait cependant, et la nouvelle municipalité put se préoccuper des écoles et de rétablir les finances locales. Le concordat (1801) apporta progressivement la paix religieuse, et le retour du seigneur de Saint-Hilaire en 1802, qui, devant son château ravagé par toutes ces années de trouble, se retira à Saint Symphorien où il devint d’ailleurs maire (22 septembre 1811). C’est de cette période, (municipalités Lebel jusqu’en 1814, puis Jean-Marie Delaroche en 1815) que s’est dessiné le futur centre ville de Saint-Hilaire avant, bien sûr, les funestes bombardements de juin 1944. Les ecclésiastiques qui avaient échappé à l’exil firent petit à petit leur apparition, la vie allait retrouver son cours normal, on rouvrait les églises. Celle de Saint-Hilaire était en très mauvais état, deux des trois cloches avaient disparu dans la tourmente révolutionnaire, réquisitionnées par la nation pour en faire des canons. Le presbytère avait été affermé en 1801 comme propriété nationale pour neuf années si bien que la municipalité fut obligée de louer une maison sise au bas du marché aux vaches, en face de la rue des Morts pour y recevoir le clergé.

 

 

 

                          LE DERNIER CHÂTELAIN

 

   Rue du château, place de la Motte, rue St-Blaise, des noms qui peuvent étonner les visiteurs curieux de notre petite ville car ils rappellent l'Ancien Régime, mais à Saint-Hilaire, celui-ci est moins loin qu'en d'autres lieux car la ville a conservé son châtelain jusqu'en 1839, ce qui n'est pas si ancien. Il se nommait Charles-Marie du Bourblanc d'Apreville, marquis, descendant  d'une famille qui détenait le domaine de Saint-Hilaire depuis 1697. Né le 30 novembre 1766, il se maria le 16 mars 1790 avec Antoinette de Géraldin, une des filles du grand bailli de Mortain apportant en dot un fief important qui rassemblait autour du château de St-Symphorien, Buais et Lapenty. Le couple, sans enfant, habitait alternativement les deux châteaux. Saint-Hilaire cependant ne pouvant rivaliser avec la demeure des de Géraldin.

    Le château de Saint-Hilaire au Nord, gardait quelques traces des anciennes constructions du XIVème siècle, et au centre un corps de logis Louis XIII à grosses pierres apparentes. « L’ensemble du château avec ses quatre grosses tours, une à chaque angle avait bon aspect, mais les murs de granit roux foncé le rendait de sombre apparence » dit H. Sauvage dans la Revue du Mortainais (1913). En revanche, le corps central était composé de pierres biseautées de grand appareil en beau granit bleu. Devant, était l’emplacement de l’ancienne motte féodale (la place de la Motte, les parkings actuels juste devant l’église), propriété exclusive du seigneur qui l’ouvrait au public pour les marchés parce qu’il en prélevait les droits de place, mais la fermait aux voitures. On y entrait par deux portes : une vers l’entrée de la rue de la Motte, l’autre du côté de la rue des Morts. Derrière le château il y avait ce qu’on appelait « le Domaine » : jardins potagers et d’agrément, douves à sec, cimetière et chapelle St-Blaise (détruite vers 1815) dans le jardin du presbytère qui aboutissait au chemin de Savigny, aux environs de la moderne école des Frères. Cette vaste propriété allait du chemin de Savigny jusqu’à ce qui est maintenant la rue de Paris, et la pointe des boulevards qui furent tracés en 1845. Charles-Marie du Bourblanc petit homme maigre qui avait été officier de marine, était particulièrement apprécié de la population et ne fut pas inquiété à la Révolution. Son père Pierre-François-Marie émigra au tout début de la Révolution, et lui avant fin 1792. Le maire de Saint-Hilaire, Charles Victor Lebel était un modéré qui lui donna même un passeport pour gagner la côte sous des habits de paysan. Mieux même, reconnu à Pain d’Avaine par le capitaine de la Garde Nationale, Miquelard, il ne fut pas arrêté tant il était estimé dans tout le pays, même au-delà de Saint-Hilaire. Il rentra en Normandie en 1802, ayant chouanné avec de Frotté, chevalier de St-Louis. L’inventaire du château en 1793 montre cependant que Saint-Hilaire n’était qu’un pied à terre. Trois domestiques le gardaient encore, literie et vaisselle étaient médiocres. Il en était tout autrement à St-Symphorien où on trouva beaucoup d’argenterie. Après la Révolution, le château fut loué à la ville qui y installa la mairie  et le collège, et le seigneur de Saint-Hilaire n’est cité ensuite que le 2 août 1828 pour la pose de la première pierre de l’hôtel de ville tout neuf qui se situait à l’emplacement actuel du cinéma Rex. La marquise d’Apreville, ceinte d’un tablier de satin blanc y officie avec une truelle d’argent et un petit marteau du même métal. Elle mourut le 31 mai 1834 à l’âge de 58 ans, à Mantes, dans la région parisienne, de la variole, selon le chanoine Pigeon. Son mari, le vieux marquis, résidait alors à St-Symphorien, mais venait régulièrement à Saint-Hilaire, notamment le mercredi, jour du marché où il aimait se faire inviter à la table de ses amis. Fantasque, il en intriguait plus d’un quand il invitait à St-Symphorien, où il avait pour compagnon un grand singe en jaquette rouge et tablier blanc qui suivait en tout, les gestes des domestiques ! C’était tout simplement la mode de l’époque, comme maintenant celle des serpents ou des mygales !  

Il mourut le 7 janvier 1839 à Paris, des suites d’une opération de la gravelle (lithiase urinaire). Comme il n’avait pas d’enfant, les biens, côtés St-Symphorien, donc de sa femme, allèrent à Madame de Villiers (née Marie-Anne de Géraldin) et pour Saint-Hilaire, à des cousins qui le revendirent 170.000 Francs au marchand de biens Abel Cahour. Il s’empressa de donner à la Fabrique  l’emplacement pour construire l’église neuve, et à la Ville, tous les terrains nécessaires au tracé des Boulevards actuels : de l’Est et du Centre que l’on appelle actuellement Victor Hugo et Gambetta. Les derniers pans de murs du château restés debout avaient été démolis par mesure de sécurité en 1863

 

   

De 1812 à 1820, d’importants travaux furent effectués : ·  restauration de l’ancien presbytère, près de la vieille tour en 1812. · début du percement de la grande route Saint-Hilaire-Domfront en 1817 et démolition de la chapelle Saint Blaise et du cimetière attenant, ce dernier sera transféré le 15 novembre 1821 à son emplacement actuel, rue de Paris. · construction du pont d’Airon en 1819. 

   Tous les maires : Pierre Lerebours-Pigeonnière (1819), Ruby (1821), Jenvrin (de 1825 à 1830) se préoccupèrent alors d’un urbanisme galopant lié à la démographie (2.400 habitants en 1818, 3.975 en 1845) et à l’industrie naissante. Les premiers travaux d’adduction d’eau datant de 1828, tout comme la pose de la première pierre du nouvel hôtel de ville le 2 août à l’emplacement actuel du cinéma « Rex ». L’année suivante, l’eau jaillissait du bassin central.

     A Saint-Hilaire, la chapelle Saint-Yves, nous ramène en un temps où la route d’Avranches à Granville ne passait pas aux Iles, mais justement ici, après Marly. Dans la période médiévale, Saint-Hilaire, sur la butte au confluent de la Sélune et de l’Airon était protégé, surtout l’hiver par les marécages entourant la ville.    C’est donc ici, au Pont Saint-Yves que l’entrée Nord de la ville rejoignait tout à la fois l’ancienne voie romaine de Corseul qui passait à Parigny et surtout plus haut, après le Chêne Cornard vers Martigny l’ancienne voie séculaire dite « de Brunehault » également chemin montois, venant de Barenton et allant vers Avranches via « le Grand-Chemin » . Tout donne d’ailleurs à penser, pour les raisons énoncées plus haut (marécages, manque de place sur la butte autour du village et du donjon) que les premières « St-Martin »  eurent sans doute lieu là-haut dans les grands champs jouxtant Martigny avant de rejoindre la ville mieux organisée pour la période médiévale. La St-Macé de St-James fit d’ailleurs un peu de même.  Ce point stratégique que l’on passait sans doute d’ailleurs à gué primitivement, fut nanti d’un pont de bois, sans doute plusieurs fois coupé et reconstruit souvent lors des guerres, et d’une chapelle construite selon Desroches fin XIVème siècle et donc contemporaine de celles d’Isigny et de Villechien. Comme elles, elle relèvent de la réorganisation tridentine de l’Église après les guerres de religion visant à « occuper le terrain » . Elle relevait du seigneur du lieu pour la présentation, et la paroisse s’y rendait de temps immémorial en procession le mardi des Rogations (cette coutume a subsisté jusqu’au départ du chanoine de Brix en 1969). Elle tomba vite en désuétude car l’évêque Daniel Huet d’Avranches lors de sa visite pastorale du 1er août 1696, venant de Savigny signalait bien « nous a été dit que dans la paroisse il y a deux chapelles celle de Saint-Blaise, et celle de Saint-Yves sur la Sélune ; les avons interdites à commencer au jour Saint-Michel prochain, jusqu’à ce que les titres nous en aient été représentés » .    Ces visites pastorales veillaient à mettre de l’ordre dans le fonctionnement des paroisses, à vérifier le bon état des bâtiments et des ornements sacerdotaux, et surtout veiller à l’encadrement des fidèles. La profusion de chapelles vaguement desservies, attachées à certaines superstitions, quasi « autonomes » n’étaient pas faites pour arranger les diocèses qui reprenaient tout en mains.    Assez éloignée, d’accès malaisé cela accentua sans doute sa ruine. Sous l’Empire la route était dans un état déplorable, et le pont tellement vermoulu que deux habitants de Virey  faillirent perdre leurs chevaux,  enlisés, en voulant passer à gué dans un pré voisin ! Fin XIXème elle était à l’état d’abandon, et Louis Jenvrin dont les propriétés étaient contiguës proposa de la restaurer à ses frais, mais l’administration communale s’empara de l’affaire. Finalement les familles Saint-Yves et Lehaguais réclamèrent et obtinrent l’honneur de relever les murs de l’édicule sacré bien remis en valeur depuis le remembrement de 1990. Même s’il n’est plus en usage à la paroisse depuis la guerre, il symbolise bien, à une de ses entrées, le riche passé spirituel de la cité Saint-Hilairienne. 

   "Avec sagesse et prudence, comme c'est l'habitude dans l'Église, on a décidé de consigner dans des écrits dignes de foi, les événements la concernant, pour les transmettre à la postérité. C'est pourquoi nous avons eu la pensée de faire savoir que Robert, comte de Mortain, frère de Guillaume, roi d'Angleterre et duc de Normandie, a fait construire un château fort sur la terre de Sainte-Marie et de Saint-Benoît, le confesseur. Pour que les religieux y vivent librement, le dit comte leur a reconnu la dîme des bourgeois de toute la ville, avec toutes leurs coutumes. Pourtant le dit comte se réserve le droit de s'héberger chez les habitants en cas de nécessité avec l'autorisation des religieux. En outre, il leur a reconnu toute la dîme des revenus des foires et marchés et cela librement et sans entraves, pourvu qu'ils ne quittent pas le pays. Les religieux ont, dans le château, la mouture des moulins, les revenus des fours, tout ce qui dépend de l'Église, à savoir la dîme, les sépultures et les autres oblations habituelles. Puisque les religieux étaient possesseurs du terrain, avant la construction du château, le dit comte leur a reconnu cette propriété comme s'il avait construit le château pour eux, et le nom du château est celui de Saint-Hilaire. Les religieux donneront à tous les bourgeois qui viendront s'y fixer, une verge de terre pour s'y installer. 

  Michel, évêque d'Avranches a donné son consentement conformément à la justice et à la loi, avec le consentement du roi Guillaume, de Robert fils du roi, de Gilbert évêque de Lisieux, Robert comte de Mortain, Hugues abbé de Cerisy, Guillaume fils du roi, du vicom te Eudes.       Au dos de l'original on a écrit : cet acte a été fait du consentement et par ordre du sire Guillaume, roi d'Angleterre et duc de Normandie, l'année de l'Incarnation du Seigneur MLXXXIII, la dix huitième année de son règne." Pour confirmer cet acte, il l'a signé de sa propre main et scellé de son sceau ; avec l'assentiment de ses fils, Robert et Guillaume qui ont eux-mêmes signé, le V des ides de janvier. 

     Malgré ses qualités défensives, inaccessible côté Bretagne sur son escarpement naturel rehaussé au confluent des eaux abondantes de la Sélune et de l'Airon, le château est pris en 1142 par Geoffroy Plantagenêt, Comte d'Anjou. Trente ans plus tard, Harsculphe II, petit fils du premier, prend part à la révolte de son ami, le jeune Henri, contre son père le roi d’Angleterre, Henri II Plantagenêt. Lors d’un combat sous les murs de Saint-Hilaire, Harsculphe est fait prisonnier. Il rentre en grâce et part aux croisades où il meurt. Sa fille Jeanne en épousant Fraslin Malemains, famille originaire de Bayeux en 1200 assure une certaine stabilité à la ville. Les Malemains vont se maintenir ici un siècle et demi et c'est de là que l'on peut sans doute dater  le début de la prospérité commerciale de la petite ville, qui reçoit dans cette période pas moins de trois monarques : le 18 avril 1256, Nicolas fils de Fraslin accueille Louis IX parti de Paris fin février venu fêter Pâques au Mont venant de Saint-James. On reverra Saint-Louis sur le même trajet en 1263, puis Philippe le Hardi en septembre 1275 et Philippe le Bel le 4 mars 1307, toujours avec les mêmes étapes : la veille au Teilleul, le lendeamain à Saint-James. Les Malemains s'éteignent en 1354. La dernière de la lignée épouse Jean de la Ferrière et en 1401, le fief détenu par son fils Robert (qui va mourir en 1415 à Azincourt) s'étend à Naftel, Mesnil-Bœufs, le Buat, Mesnil-Rainfray, Sourdeval, le Fresne-Porêt. La ville s'est structurée autour de ses foires et marchés, le prieuré ne semblant plus jouer aucun rôle puisqu'en 1256 il n'y a plus que 3 moines lors de la visite d'Eudes Rigault, archevêque de Rouen. En 1263, il n'y avait qu'une seule foire, la Saint-Aubin (1er mars) mais en 1323, les minutes d'un procès avec les moines laissent apparaître les premières lignes officielles sur une « Saint-Martin d'hiver » sans doute récente. C'est le premier texte officiel mentionnant la fameuse foire qui perdure jusqu'à nos jours.  

 

 

 

Par Georges DODEMAN - Publié dans : over.bog.com
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Samedi 1 juillet 2006

  

LE LIVRE "ST HILAIRE AU FIL DU TEMPS DE 1083 A NOS JOURS"

 EST PARU 

CE LIVRE DE 460 PAGES ET 900 PHOTOS EST DISPONIBLE DANS LES LIBRAIRIES ET A L OFFICE DE TOURISME DE TOURISME AU PRIX DE 30 EUROS

VOUS SOUHAITEZ RECEVOIR CE LIVRE, ADRESSEZ MOI UN MESSAGE 

g.dodeman@wanadoo.fr

 

Dans le livre « Saint-Hilaire au fil du temps » à paraître, je développe très largement les sujets suivants : le duel entre Lucien Lelièvre et Gustave Guérin qui va durer 40 ans – l’affaire des pare balles – la séparation de l’église et de l’état l’arrivée des sœurs clarisses - la menace de destruction de la vieille tour – les bouilleurs de cru – la polémique sur la poste etc

 

Dans le livre « Saint-Hilaire au fil du temps » à paraître, je développe très largement les sujets suivants : le duel entre Lucien Lelièvre et Gustave Guérin qui va durer 40 ans – l’affaire des pare balles – la séparation de l’église et de l’état l’arrivée des sœurs clarisses - la menace de destruction de la vieille tour – les bouilleurs de cru – la polémique sur la poste etc

 

...

 

 

                                   

                                   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                    

                                     L’HISTOIRE DE LA POSTE

                                             A SAINT-HILAIRE 

 

   C’est au XVIIème siècle qu’un bureau de recette postal est créé à Saint-Hilaire, mais il faudra attendre l’an 1830 pour voir fonctionner un service postal rural. La poste aux lettres  connaît alors un développement considérable, dès lors, l’arrondissement de Saint-Hilaire comprend 26 communes. 

Le premier timbre est émis en janvier 1849, trois ans plus tard, l’administration établit une liste alphabétique des bureaux de postes et distribue à chacun d’eux un cachet oblitérant à chiffres, correspondant au numéro d’ordre. Saint-Hilaire-du-Harcouët reçoit le n° 3114. 

En 1862, une seconde nomenclature reclasse tous les bureaux qui reçoivent un nouveau cachet à chiffres plus grands, Saint-Hilaire-du-Harcouët utilise alors, le n° 3661 jusqu’à la fin mars 1876, date à laque lle le cachet à date le remplace définitivement.

Jusqu’en septembre 1930, le bureau des postes était situé Place St Michel, en haut de la rue d’Avranches, dans un immeuble appartenant à Monsieur Ecolivet, il faudra attendre novembre 1936 après tous les démêlés que nous avons évoqués dans les pages précédentes pour trouver la poste à son emplacement actuel. 

En 1944, la poste ne fut que très peu endommagée par les bombardements, mais elle dut néanmoins déménager provisoirement dans un immeuble appartenant à Mr Feuillet quartier d’Evreu. L’immeuble s’agrandira en 1970 pour faire face à  l’accroissement toujours de plus en plus important du courrier et des colis postaux.

Tout au long du siècle écoulé, la poste a vécu une importante modernisation sur le plan humain et technique.

Souvenons-nous de cette époque où nos braves facteurs assuraient leur service à pied, dans tout le canton, chargés de leurs sacs de cuir, souvent bien lourds. Il fallait être solide pour affronter pluie et neige. Toujours serviables ces braves facteurs on les considérait, on les attendait aussi, ils trouvaient facilement leur nourriture sur leur passage, peut être un peu trop parfois… la fin de tournée était parfois épique, mais on leur pardonnait bien volontiers leur faiblesse devant une telle tache accomplie quotidiennement.

La bicyclette apparue vers 1907-1908 leur apporta un grand soulagement, mais les anciens préféraient souvent continuer leur tournée à pied, se refusant à apprendre à monter « à vélo » il faudra attendre le 15 décembre 1933 pour voir apparaître le premier circuit de poste automobile rurale avec quatre correspondants postaux à Moulines, St Symphorien des Monts, Savigny le Vieux, les Loges Marchis. La plupart du temps le correspondant postal était un petit commerçant de village.

En juin 1952, les communes de Virey, Martigny, Le Mesnillard, Chévreville, Fontenay, la Bazoge dépendant jusqu’alors de Mortain sont rattachées à Saint-Hilaire-du-Harcouët

 Le service des télégraphes fut implanté et mis en service en 1864 à l’Hôtel de Ville, le service téléphonique ne date que de 1909, (en 1913 il y avait 25 abonnés) c’est en 1935 que fut mis en service le téléphone automatique rural. Malgré les nombreuses améliorations apportées tout au long des trente années qui suivirent, le central téléphonique ne donnait plus satisfaction au nombre toujours croissant de ses abonnés. C’est pour cette raison que l’administration des postes jugea opportun de mettre en place en juillet 1960 un standard manuel « multiple », ce nouveau central manuel téléphonique donnait la possibilité d’obtenir une communication plus rapidement que dans le passé et  permettait aux dix téléphonistes d’accomplir leur tache dans de meilleures conditions. Puis ce fut l’automatisation de la zone urbaine en 1971 (345 abonnés pour la cité, et 215 pour la zone rurale), suivie en février 1975 de l’automatisation intégrale  du réseau Saint-Hilairien et du transfert du centre de tri à la Fosse aux Loups en mars 2005.  

 

   Le chapitre précédent nous a montré combien Saint-Hilaire tout d’abord aux alentours de 1830 du fait de la modernisation de l’urbanisme à partir du réaménagement des abords du château puis de son dynamisme commercial, avait pu faire peau neuve. C’est à juste titre qu’Hyppolite Sauvage, à la fin du XIXème siècle pouvait dire que la petite cité était devenue la première de l’arrondissement, devant même son chef-lieu, Mortain. Alors que se lève l’aube du XXème siècle, tout va se conjuguer pour lui donner un plus grand développement encore : sa situation au carrefour des Trois Provinces, la montée en puissance de « l’étoile ferroviaire »  de sa gare, mais surtout l’ex­traordinaire impulsion donnée par son maire, Lucien Lelièvre.   Né le 18 février 1866 dans une famille de modestes commerçants qui tenaient épicerie rue Bergerette, le  destin de Lucien Lelièvre, après son élection (scrutins : 6 et 13 mai 1900, élection le 21) sera intimement lié, en deux carrières strictement parallèles, avec celui de son plus farouche opposant… 40 années durant, Gustave Guérin. Ces deu x personnalités résumant toutes les oppositions et contradictions politiques de l’époque, et de ce côté, Saint-Hilaire connaîtra dans le demi-siècle un étonnant résumé, et presque un   « concentré » de toutes les grandes pulsions qui animeront le pays : conséquences politiques de l’affaire Dreyfus, luttes religieuses, implacables saignées de la Grande Guerre, quelques « affaires » r etentissantes comme celle des Pare Balles, mutations de l’agriculture avec comme point d’orgue les grands mouvements des bouilleurs de cru en 1935, et pour couronner cette vaste liste : un test politique d’envergure nationale deux ans plus tard, enfin la montée des périls avant le désastre de mai-juin 40. Paradoxalement, c’est là, à l’entrée des Allemands dans notre ville, que s’opérera un rapprochement entre les deux hommes, dicté on s’en doute, par les circonstances. Lucien Lelièvre, mourra un an plus tard, Gustave Guérin, qui attendait depuis 40 ans pourra enfin prendre la place de maire, mais pour s’engager sur la voie dangereuse de la collaboration… Lucien Lelièvre s’était très tôt débarrassé de l’épicerie familiale et destiné à la vie politique. Un moment associé à Paris dans une affaire de bronzes d’art, il s’était, aussitôt élu, lancé à fond dans la gestion de la vie municipale, marchepied sans doute vers de plus hautes destinées. Il brigua rapidement (dès 1907) le poste de conseiller général… mais trouva pour la première fois sur sa route Gustave Guérin… qui prit la place ! S’ensuivirent des dizaines d’années de combat incessant, Guérin étant appelé aux plus hautes destinées… autour de Saint-Hilaire comme parlementaire ou au Conseil Général, Lelièvre restant pour sa part, arc-bouté sur sa mairie. Sa gestion entreprenante et hardie des problèmes communaux, tout autant que son caractère autoritaire voire cassant lui valurent de solides inimitiés.

Lucien Lelièvre avec ses idées même très modérément laïques, ne put jamais viser plus haut que sa ville où ses qualités d’administrateur l’assuraient à elles seules de réélections certes confortables, mais occasionnaient ensuite des luttes épiques avec son opposition cléricale emmenée par Gustave Guérin. On était, dans cette période, « pour ou contre », et guère de place pour les modérés de tous bords. C’est d’ailleurs sur ces idées de la Droite la plus réactionnaire, que ce pharmacien, installé rue Waldeck Rousseau fit ensuite toute sa carrière. Conseiller municipal depuis 1900, ayant arrêté net les ambitions de Lelièvre en 1907 (et jusqu’en 1940) comme conseiller général, il fut élu député pour la première fois le 16 novembre 1919 sur la Liste d’Union Républicaine, puis réélu régulièrement (11 mai 1924, 22 avril 1928, 1er mai 1932 et 26 avril 1936) comme candidat officiel de la Fédération Républicaine. Son activité au Palais Bourbon porta sur des questions commerciales (il combattit la taxation des farines) et, point de passage quasi obligé pour un parlementaire de l’Ouest, sur l’épineux problème des bouilleurs de cru.
 

Lucien Lelièvre était encore maire quand les Allemands arrivèrent à Saint-Hilaire, clin d’œil de l’Histoire, le 18 juin 1940, et sans trop faire de concessions à l’occupant comme le veut l’anecdote qui l’opposa peu avant de s’éteindre, victime d’une crise cardiaque (31 mai 1941) à un jeune médecin allemand qui voulait réquisitionner l’hôpital. « J’ai 73 ans, vous savez et je n’ai jamais obéi à personne » dit-il à l’occupant qui lui rétorqua « d’accord j’ai compris » avant de rendre l’établissement à sa vocation première d’asile de vieux, quelques semaines plus tard. 

Gustave Guérin lui succéda donc le 18 juin 1941, mais pour entraîner la municipalité dans la voie du compromis avec les Allemands, et donc du déshonneur de la collaboration, bien qu’il n’ait pas pris part au vote comme sénateur le 10 juillet 1940 au congrès de Vichy. Destitué le 10 février 1944, il est décédé le 10 février 1949.  

 

 

Par Georges DODEMAN - Publié dans : over.bog.com
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

Calendrier

Juillet 2009
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus